de Anne Cuneo

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Dans le taxi, j'ai sorti les photos: elles avaient été agrandies au format A4. J'ai reconnu le paysage, le village avec la place et sa fontaine, les immanquables enfants autour, les vignes, une vue d'ensemble de la maison que louaient les Boissellier, avec ses deux portes d'accès. Il y avait une photo avec les parents Boissellier sur le pas de leur porte (faciles à repérer parce que Yves était le portrait craché de son père, bien qu'il eût aussi quelque chose de sa très jolie maman), et une autre dans l'encadrement de l'autre porte, avec un homme carré, début quarantaine, le regard intense et arrogant, un bras protecteur entourant la taille d'une femme d'une trentaine d'années, genre fatal, avec des cheveux et des yeux noirs. J'en ai déduit qu'il s'agissait du peintre et de sa femme.

Ils fixaient tous deux l'objectif d'un air particulièrement sérieux. Comment Yves avait-il dit qu'elle s'appelait? Sa beauté devait avoir ému même le petit garçon qu'il avait été, puisqu'il se souvenait d'elle nommément, alors que le nom de famille du peintre lui échappait. Et, enfin, les deux dernières photos, les plus sensationnelles au fond, montraient la victime, photographiée, si cela se trouvait, quelques minutes avant sa mort. C'étaient en tout cas les deux derniers négatifs exposés de la pellicule. Une des photos était floue, l'autre nette.

Pas de doute sur le lieu: le coin de la villa fermée était parfaitement identifiable. Lisa May ressemblait vaguement à sa cousine Jacqueline. Elle faisait penser à Elizabeth Taylor à dix-huit ans, on devinait au-delà du noir et blanc que ses yeux avaient dû être gris. Un garçon de neuf ans peut-il avoir tué accidentellement, sans s'en apercevoir ? Oui, ont répondu les juges, les avocats, la famille de l'enfant autant que celle de la victime, Lisa May, jeune fille destinée à une grande carrière de danseuse.

Lorsque, vingt ans plus tard, le petit garçon devenu adulte demande à Marie Machiavelli de le libérer de ce qui est pour lui un cauchemar - s'il a tué une fois puis bloqué le souvenir de l'acte, ne risque-t-il pas de récidiver un jour dans les mêmes conditions ? -, elle commence par lui rire au nez. Mais finalement elle accepte l'impossible : refaire une enquête criminelle à vingt ans de distance. Ce qu'elle découvre petit à petit avec l'aide de la fidèle Sophie, sa secrétaire, et le soutien de l'inspecteur Léon, de la police criminelle, la glace.

De Lausanne à Soleure et à Bâle, Le Sourire de Lisa nous entraîne avec Marie dans les milieux les plus divers : marchands d'art, forains, musées, bistrots... dans la quête d'une terrible vérité.

Éditions BERNARD CAMPICHE