de Paul Gerrard

le_masque_de_verre

Il y avait cinquante mètres à parcourir jusqu'au rideau de rhododendrons défleuris qui masquaient le potager. Nathalie hésita sur le seuil de la cuisine, regarda d'abord à droite et à gauche. Un énorme chien jaune et blanc se prélassait sur la pelouse, son mufle noir posé entre les pattes de devant. II ne bougea pas, mais ses courtes oreilles épointées en fer de lance se dressèrent brusquement et ses gros yeux roses se fixèrent sur la jeune femme.

Nathalie frissonna. L'autre devait rôder dans les profondeurs du parc, du côté de la Nivelle. C'était le plus redoutable. On ne le voyait qu'au tout dernier moment. II arrivait sans bruit par-derrière, après maints détours, puis s'élançait ventre à terre en soufflant et en grondant comme une bête fauve.

- Qu'est-ce que vous attendez ? cria gaiement Mercédès à l'intérieur de la cuisine.

- Je ne m'y habituerai jamais, répondit Nathalie.

- Allons donc ! À la fin de la semaine, ils viendront vous manger dans le creux de la main.

Éditions PRESSES DE LA CITÉ