de Julia Latynina

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1998-1999. L’usine AMK est un mastodonte ex-soviétique de l’industrie sidérurgique d’une valeur d’un milliard de dollars US. Située au cœur de la Sibérie, elle fonctionne comme un État dans l’État sous la houlette de son PDG surnommé Gengis-Khan, un « nouveau Russe » de trente-quatre ans que rien ne fait reculer, pas même l’achat – dans l’intérêt supérieur de son empire métallurgique – d’une… centrale nucléaire.

Mais, à Moscou, avec une cupidité inextinguible, la banque IVEKO, proche du Kremlin, veut « annexer » cet empire de « séparatistes sibériens ».

Une guerre totale est déclarée, où se mêlent, dans une vaste fresque sociale, des tueurs stipendiés par des financiers respectables, des guébistes, flics et fonctionnaires ripoux, des toxicos, des directeurs rouges nostalgiques de Staline, des ouvriers affamés par des mois d’arriérés de salaires, des démagogues antisémites, des putains, des honnêtes gens…

Russie oblige, la narration est structurée comme une poupée gigogne. De la dernière pièce, on croit extraire comme vainqueur la banque IVEKO. Erreur: c’est compter sans l’imagination byzantine du magnat sibérien qui, de son lit où l’a couché la balle d’un nervi, bat les banquiers sur leur propre terrain de l’OPA financière ourdie contre lui et va jusqu’à régler la mise en scène (réussie) de son second assassinat (raté) de la main de ses ennemis ainsi confondus.

Quel est le montant d’un contrat visant le directeur d’un combinat métallurgique sibérien ? Quelles connivences peut-il exister entre un gang et une banque de Moscou ? Comment les usines soudoient-elles les gouverneurs et comment le FSB [ex-KGB] vend-il des armes en Tchétchénie ? Et l’économie russe, comment ça marche ? Par quels tuyaux l’argent s’écoule-t-il dans les poches des ministres, des bandits et des intermédiaires ?

Éditions ACTES SUD