de Georges Simenon

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C’est une maladie qui s’attaque aux bateaux, dans toutes les mers du globe, et dont les causes appartiennent au grand domaine inconnu qu’on appelle le Hasard. Si ses débuts sont parfois bénins, ils ne peuvent échapper à l’œil d’un marin.

Tout à coup, sans raison, un hauban éclate comme une corde de violon et arrache le bras d’un gabier. Ou bien le mousse s’ouvre le pouce en épluchant les pommes de terre et, le lendemain, le « mal blanc » le fait hurler. A moins qu’il ne s’agisse d’une manœuvre loupée, d’un canot qui vienne se jeter étourdiment sur l’étrave.

Ce n’est pas encore le mauvais œil. Le mauvais œil exige la série. Mais il est rare qu’elle ne suive pas, que la nuit, ou le lendemain, on ne constate pas un nouvel avatar. Dès lors, tout va de mal en pis et les hommes, mâchoires serrées, n’ont qu’à compter les coups. C’est le moment que la machine, après avoir tourné trente ans sans une panne, choisira pour s’enrayer comme un vieux moulin à café.

Éditions LE LIVRE DE POCHE

Édition originale: Fayard (1932)