13 juin 2015

Du monde aux Balkans

de Michel Carnal

du monde aux balkans

Il était trop tard, maintenant, avec un moteur qui déraillait, pour qu'il pût suivre son plan primitif. Il se pencha sur l'acoustique.

- Zaco, monte un peu.

Lorsque le mécanicien l'eut rejoint, Librak désigna un cadran sur le tableau de bord.

- Regarde.

Zaco se pencha. Alors, Librak, d'un geste froidement calculé, abattit une lourde clé anglaise sur la tête offerte. Crâne défoncé, Zaco s'écroula. Du sang et des débris de cervelle avaient jailli sur la vitre du compas. Sans émotion, Librak les essuya avec un chiffon sale. Puis, tirant le cadavre par les pieds, il l'approcha de la lisse, le poussa du pied.

Devant lui, la côte devenait distincte. Librak repéra une minuscule crique sablonneuse, gouverna droit dessus. Lorsque le bruit du ressac l'avertit du manque de fond, il coupa le moteur. Le brusque silence le surprit. Courant sur son erre, entraînée par la violence des lames, la vedette fila vers la berge. Il y eut un long froissement, puis un choc rude.

Éditions PRESSES DE LA CITÉ

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Affaire classée

de Michel Carnal

affaire classee

Un jour, ou l'autre, cela finira mal, très mal. Lâche, saboteur, assassin !

Il a les mains moites. Dans la vaste poche de son ciré luisant, il tâte les outils, le métal froid, si peu de chose en somme, si l'on considère le résultat. Tout est prévu. Il lui faut en tout sept minutes. Deux pour gagner le local de l'émetteur VA2, deux pour faire son sale boulot, trois pour aller se mettre à table avec les autres.

Éditions PRESSES DE LA CITÉ

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Le négociateur

de Michel Carnal

le negociateur

Eh oui, Philippe Larsan et Michel Carnal sont de retour, l'un écrivant les histoires de l'autre, à moins, ma foi, que ce ne soit le contraire...

Ils sont rentrés bien sagement, ou presque, au pays natal après de longues virées buissonnières dans les pays du soleil, où l'on entend le ressac claquer contre les récifs de corail et où les pélicans plongent sans fin dans les mers de cartes postales.

On y entend parfois d'autres bruits, entre Bogota et Caracas, entre Trinidad et Curaçao. La sonorité sourde d'un monde en train de naître. Et pourquoi pas, parfois, quelques coups de feu ?

Philippe Larsan vous en parlera...

Éditions FLEUVE NOIR

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La longue route

de Michel Carnal

la longue route

Elle avait la main tendue vers le cordon de la sonnette, mais ne poursuivit pas son geste. Elle se retourna et marcha lentement vers moi. Son regard était parfaitement vide.

 _ Combien ? espèce d'enfant de putain, dit-elle.

Je l'avais déjà rencontrée, mais sous d'autres cieux. Elle portait alors une longue robe indienne sous laquelle elle était nue; un collier de graines rouges autour du cou et un anneau d'argent à la cheville. Elle était jeune, belle et droguée...
Nos routes s'étaient croisées puis séparées. Je lui avais évité la potence, elle m'avait évité quelques balles dans le corps...

Aujourd'hui nous nous retrouvions. Elle était l'épouse d'un juge et moi accusé d'un trafic assez infâme. Elle pouvait soit m'aider, soit me trahir...

Elle pouvait également faire les deux. Je l'aimais bien...

Éditions FLEUVE NOIR

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À l'ouest d'Aden

de Michel Carnal

a l'ouest d'aden

L'affaire proprement dite commença tout simplement par un coup de téléphone au Consul français d'Aden, l'avisant du meurtre commis par un ou plusieurs inconnus sur la personne de Pierre Ladevèze, agent commercial.

L'officier de police, Laird Mackintosh, qui s'occupait de l'enquête, ajouta que, selon l'usage, les scellés avaient été posés sur la maison du crime et qu'il serait reconnaissant à un employé du Consulat de bien vouloir venir pour assister au bris des "dits", et à l'inventaire qui devait être fait des biens et objets personnels du défunt.

L'opération, qui semblait devoir être de pure routine, prit soudain un aspect inattendu, lors de la découverte, dans une pièce apparemment condamnée du premier étage, d'un poste émetteur S.C.R. 193, d'une portée de 15 à 100 km, alimenté par batterie, d'une antenne dite "parapluie", démontable, et de deux mitraillettes israéliennes UZI en parfait état de fonctionnement.

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Le Diable au soleil

de Michel Carnal

le diable au soleil

— Ça pue, dis-je. Il y a des charognes là-dedans

L'Indien me regarda

— Pour nous, cela ne sent rien. C'étaient des traîtres. Un traître mort ne pue jamais.

Il rit à belles dents, reprit :

— Ils sont bien cinquante sous les pierres. Des peones de Chanpecoslango, des attardés, des gens qui ne voulaient pas comprendre qu'ils seront plus heureux lorsque le peuple aura triomphé de la barbarie capitaliste. Tellement bornés qu'il nous a fallu les tuer. Les morts sont le ferment de la Révolution. Posadas l'a dit. On les a alignés là, juste où vous êtes, et on les a descendus à la mitraillette. Tacatacata... Comme ça. Après, on a fait rouler des rochers sur les corps. Mais ça n'empêche pas l'odeur ni les vautours.

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Dossier Euratom

de Michel Carnal

dossier euratom

Jorg bondit par dessus la balustrade de bois sculpté: le plancher vibra et résonna sourdement sous son poids. L'homme qui lisait se redressa d'un brusque mouvement et fouilla dans sa veste.

Jorg, en une fraction de seconde, enregistra l'image de son crâne chauve et de son regard incrédule qui s'affolait. Il le saisit à bras le corps, l'empêchant de saisir son arme, et lui enfonça sa lame sous les côtes. L'homme poussa un cri. Jorg le lâcha. Il trébucha, ses mains se crispèrent sur le manche du poignard... Puis il s'effondra sur le côté comme une masse.

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Les acharnés

de Michel Carnal

les acharnes

« La jeunesse, dit Duéze, tout le monde en parle: les moralistes, les sociologues, les psychiatres... Personne en fait ne la connaît. Pour les commerçants c'est un "marketing", pour d'autres une masse amorphe, ou une masse d'énergie, mais sans emploi, détachée de tout. Il faudrait se méfier de ce détachement, il pourrait rapidement se transformer en contestation violente de notre Société... »

Pour les officiels du S.D.E.C.E. en tout cas, cela n'est que phrases creuses, calembredaines et billevesées, surtout à propos d'une très banale affaire, de celles que l'on nomme habituellement: vol et communication à une puissance étrangère de documents intéressant la Défense Nationale.

Ce qui est moins habituel cependant c'est que l'auteur de cette communication est une toute jeune fille, une brillante étudiante en sociologie, issue de la meilleure - ou de la pire - bourgeoisie, une privilégiée en quelque sorte profitant justement de tous les avantages de cette société...

Cela pose un problème... Mais il y a la tradition, la routine sacro-sainte, le poids de l'administration, la lenteur des Services Secrets, et aussi la mauvaise ambiance qui y règne entre les tenants inconditionnels du régime, et ceux qui prévoient, escomptent, préparent sa chute et les lendemains.

Pour beaucoup les émeutes d'Amsterdam et de Berlin n'annoncent pas celles de Paris…

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Une fille de nulle part

de Michel Carnal

une fille de nulle part

Le problème était peut-être un faux problème, mais il était relativement simple: entretien avec un pays du nouveau Maghreb - la Libye, pour ne pas la nommer - de liens d'amitié dont les Libyens se moquaient comme de leur premier dromadaire... Cela pour plusieurs raisons: la fidélité aux rêveries aberrantes d'un vieillard, l'espoir de vendre un matériel militaire coûteux et celui, extrêmement fallacieux, d'obtenir quelques concessions, sans jouer sur les mots, en matière de pétrole...

Pour mener la partie, une seule carte: la connaissance d'un complot mettant en danger l'équipe au pouvoir. Un régime de colonels est toujours menacé par des capitaines.

L'alternative: avertir les gens en place en tablant sur une reconnaissance que la mentalité arabe rendait fort illusoire; ou soutenir les conjurés en ayant pour toute garantie des promesses qui, probablement, ne seraient jamais tenues.

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Les compagnons

de Michel Carnal

les compagnons

L'homme ne sentit pas grand chose. Seulement un choc violent contre sa hanche gauche un peu au-dessous de la ceinture, mais ce n'était pas spécialement étonnant dans la foule pressée devant le grand Bouddha de papier éclairé de l'intérieur tel un lampion immense.

Quelques secondes plus tard, à cause de la sensation d'humidité le long de sa cuisse, l'homme songea à ces enfants qui transportaient des poissons-lune dans des bocaux de verre ou des sacs de plastique.

Il regarda autour de lui la grande cohue anonyme de l'Asie, les étudiants en noir, les filles-fleurs, les pères de famille... Tout cela joyeux, exubérant, un peu ivre...

Puis la douleur l'assaillit. Une sensation atroce de brûlure qui, partant de la taille descendait le long de sa jambe gauche, remontait sous le bras... L'homme poussa un cri...

Éditions FLEUVE NOIR

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