05 février 2013

Les Noirs jouent et gagnent

de Pierre Nemours

les noirs jouent et gagnent

Porto Rico, les Bahamas... Je m'apprêtais à prendre des vacances quand elle est arrivée. Ivy Rayborn, vous vous rendez compte ? La propre petite-fille de l'illustre Gedeon S. Rayborn, le bon génie et le mécène de Springville.

Ma deuxième cliente blanche... Il en fallait tout de même plus que cela pour que j'accepte de travailler pour elle. Je l'avais déjà courtoisement éconduite lorsque Luisa Wright, ma secrétaire, à qui rien n'échappe, m'a dit :

- "Vous savez que la petite est filée ? Un type avec une drôle de tête. Le nez légèrement dévié... "

Alors là, cela changeait tout.

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Le safari de la vengeance

de Pierre Nemours

le safari de la vengeance

La première nuit dans la brousse africaine laisse un souvenir inoubliable. Elle est lourde et oppressante, pleine d'odeurs violentes et de bruits dramatiques.

Le commissaire divisionnaire Vieljeux et sa femme Madeleine étaient sensibles au sortilège du continent noir, qu'ils étaient venus chercher dans ce safari-photo à la française. Tout autour de l'hôtel campement, la brousse roulait les vagues puissantes de ses hautes herbes sous le souffle insupportable de l'armatan, le vent du nord qui charrie en suspension des milliers de tonnes de sable saharien.

Les Vieljeux se préparaient à se glisser sous leurs moustiquaires, tout impatients du safari du lendemain, lorsqu'un long hurlement de femme, sur un mode suraigu, démentiel, déchira le silence...

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Le journal de Donatien Mourgues

de Pierre Nemours

le journal de donatien

Maître Donatien Mourgues, notaire à Saint-Laurent-des-Eaux, aurait toujours été un velléitaire s'il n'était entré en possession, un jour, du passeport d'un mort qui lui ressemblait et qui avait son âge.

Alors, il s'était évadé. Evadé d'une vie qui ressemblait à une mort pour se réfugier dans une liberté qui avait nom : solitude et il menait depuis quelques semaines une nouvelle vie, celle de Georges Ranchal.

Un soir qu'il rentrait dans son petit appartement parisien, au septième étage, il s'immobilisa, pétrifié, à mi-hauteur de la dernière volée de marches. Assise sur le palier, vêtue d'un pull et d'une minijupe, une fille de vingt ans l'attendait.

— Bonsoir, maître Mourgues, dit Jeanine Frometon.

Et Donatien Mourgues sut qu'il n'y avait qu'une seule issue au problème que lui posait son ancienne dactylo...

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Le gang des honnêtes gens

de Pierre Nemours

le gang des honnetes gens

- Le gage de notre réussite, dit Paul Récord, c'est que nous ne sommes pas des truands. Nous n'avons jamais commis de délit, et nous n'en commettrons plus jamais. De plus, nos mobiles sont nobles. Nous sommes le gang des honnêtes gens.

- Mais nous n'allons tout de même pas creuser comme des taupes, nuit après nuit, un tunnel sous la rue pour parvenir à la salle des coffres de la "Société Régionale de Banque", objecta Raphael Davila.

- En effet. Nous ne creuserons pas nous-mêmes et de nuit, nous ferons creuser, et en plein jour encore.

Davila, comme Francis Ballogne et Norbert Souche, était bien obligé de le reconnaître : le plan de Paul Récord était d'une simplicité géniale. Il devait réussir. Il réussit effectivement. Et les honnêtes gens n'avaient de comptes à rendre... qu'à leur destin.

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Le cottage de la peur

de Pierre Nemours

le cottage de la peur

Au carrefour des vents, la tempête secouait la Cornouaille. Faye Brewster-Howe cherchait dans le travail un refuge contre sa peur, un rempart pour défendre sa raison.

Si le chien n'avait déterré cette boucle de ceinture, seul témoignage tangible de sa découverte, elle aurait pu prendre pour une hallucination le cadavre sanglant, disloqué, qu'elle avait découvert sur la plage. Le vent hurla plus fort dans la cheminée, la pluie fouetta rageusement les vitres, et la lumière s'éteignit.

Alors, les yeux exorbités, Faye vit distinctement, dans les ténèbres, une main blanche frapper au carreau.

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Le challenger

de Pierre Nemours

le challenger

- Vois-tu, petit, c'est un coup historique, un coup qui ne s'est jamais fait, un coup qui restera dans les annales des flics, expliqua Mathieu Blanchi, plus connu sous le nom de "Mat de Hambourg" à Pascal Venturi, le Brutal.

Et en effet, en toute objectivité, on n'avait jamais vu un gang piller tout un quartier sous la protection de la police, même à Bastia. Pour organiser un coup comme celui-là, il fallait toute la magie, et tous les moyens, du cinéma.

Mais pour le réussir, il ne fallait pas être affligé d'un challenger.

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La valse du Tennessee

de Pierre Nemours

la valse du tenessee

À plus de 160 à l'heure, la Pontiac dévorait la route, se déportant légèrement sur la gauche pour doubler l'énorme «Continental» de Colorado. Manque de pot, un autre mastodonte arrivait en sens inverse. Pas question de freiner à cette allure.

Arc-boutée au volant, pied au plancher, Rosalind choisit de passer pendant la fraction de seconde avant le croisement des deux poids-lourds. Sur ma droite, le «Continental» défilait comme dans un cauchemar, tandis que grandissait, immense et définitif, le capot sur lequel nous allions nous écraser...

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04 février 2013

La tête de l'emploi

de Pierre Nemours

la tete de l'emploi

C'était un crime bien crapuleux, bien sordide: deux malheureux vieillards sauvagement massacrés pour une dizaine de milliers de francs.

Au parloir de la prison de Fresnes, l'inculpé, un Nord-Africain, n'était pas beau à voir. Son oeil poché, son nez écrasé, sa lèvre tuméfiée, témoignaient de l'estime dans laquelle ses compagnons de cellule tenaient les "ratons".

Incontestablement, Brahim Slimane avait bien la "tête de l'emploi". Tel quel, pour Hervé Rigault, jeune avocat stagiaire du cabinet du bâtonnier Simoni, commis d'office à sa défense, il n'en représentait pas moins son premier dossier d'assises.

Malheureusement, il n'était pas question de plaider, dans une belle envolée, les circonstances atténuantes, car l'inculpé, au mépris de toute logique, en dépit des présomptions et des preuves matérielles, s'obstinait à nier farouchement...

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La route du Rio Grande

de Pierre Nemours

la route du rio grande

Il fait une chaleur infernale au fond du canyon de Mescal, la seule dépression dans l'immensité de la plaine texane, à cinquante kilomètres du Rio Grande. Les charognards tournent dans le ciel en cercles de plus en plus serrés.

Richard Benson étreint la carabine Weatherby, le doigt sur la détente. À plat ventre dans la caillasse, à l'abri illusoire d'un buisson d'épineux, la sueur brouille sa vision. Pourtant, à l'angle de la cabane des Travaux Publics, le trafiquant est aux aguets et son copain est en train de tourner la position.

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La mort sur un volcan

de Pierre Nemours

la mort sur un volcan

Yasur était le premier volcan dont Alain Conan effectuait l'ascension. Lorsqu'il se hissa sur la dernière crête, les ultimes rayons du soleil frappaient en oblique le bouillonnement vaporeux jaillissant de la terre. Il y mettait des reflets rouges, comme des flammes mourantes. Le grondement souterrain, le frémissement du sol, étaient continus. Les légions infernales défilaient sans trêve, en un roulement sourd qui devait durer l'éternité.

Les reflets du feu intérieur, des matières en fusion, ensanglantaient les parois verticales de l'énorme cratère. Mais Conan ne voyait rien du grandiose, du magistral spectacle : il n'avait d'yeux que pour la frêle silhouette qui avançait en trébuchant...

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