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17 mars 2025

Trahison partout

de Jack Murray

 

Trahison partout - de Jack Murray
(1957)

La toute première fois que Sébastien Meyers avait vu la célèbre avenue – c’était en 1935, et il avait alors 23 ans – il avait éprouvé un choc psychologique extraordinaire. Il venait d’arriver en France, après une lamentable odyssée. (Deux années de prison à Varsovie, à la suite d’une bêtise d’étudiant : vol d’une voiture, un soir de chahut…)

 

À peine débarqué du train, à la gare de l’Est, il était monté dans un autobus qui l’avait déposé à la Concorde. C’était un soir d’avril. Les Champs-Élysées resplendissaient de leurs néons multicolores… Pour le jeune exilé polonais, cette vision grandiose et féerique avait été décisive. Il était resté plus d’une heure immobile, assis sur la fontaine de la place de la Concorde, les yeux éblouis, les mains jointes.

 

D’un seul coup, toute sa misère intérieure avait été balayée : son drame familial à Varsovie, l’interminable calvaire de la prison, le long voyage sordide à travers l’Allemagne, le désespoir d’un avenir sans issue, toutes ses pensées sinistres avaient disparu. Et, pour compléter ce miracle, une formidable certitude s’était brusquement emparée de lui, quelque chose comme un coup de foudre : ils allaient s’aimer d’un grand amour, Paris et lui !… Cette vieille cité pétrie de gloire et de souffrance, c’était son destin ! Il se donnerait à elle, elle se donnerait à lui.

 

Éditions Fleuve Noir

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