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28 février 2009

Un crime en Hollande

de Georges Simenon

un_crime_en_hollande

Quand Maigret arriva à Delfzijl, une après-midi de mai, il n’avait sur l’affaire qui l’appelait dans cette petite ville plantée à l’extrême nord de la Hollande que des notions élémentaires.

Un certain Jean Duclos, professeur à l’université de Nancy, faisait une tournée de conférences dans les pays du Nord. À Delfzijl, il était l’hôte d’un professeur à l’École navale, M. Popinga. Or, M. Popinga était assassiné et, si l’on n’accusait pas formellement le professeur français, on le priait néanmoins de ne pas quitter la ville et de se tenir à la disposition des autorités néerlandaises. C’était tout, ou à peu près.

Jean Duclos avait alerté l’université de Nancy, qui avait obtenu qu’un membre de la Police Judiciaire fût envoyé en mission à Delfzijl. La tâche incombait à Maigret. Tâche plus officieuse qu’officielle et qu’il avait rendue moins officielle encore en omettant d’avertir ses collègues hollandais de son arrivée. Par les soins de Jean Duclos, il avait reçu un rapport assez confus, suivi d’une liste des noms de ceux qui étaient mêlés de près ou de loin à cette histoire.

Ce fut cette liste qu’il consulta un peu avant d’arriver en gare de Delfzijl.

Éditions LE LIVRE DE POCHE

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Édition originale: Éd. Fayard (1931)

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28 février 2009

Les 13 mystères

de Georges Simenon

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Joseph Leborgne compulsa quelques dossiers, choisit presque au hasard une chemise qu’il me tendit. Sur cette chemise, il s’était contenté de coller des mots découpés dans un journal, où ils avaient constitué un titre en caractères gras : L’affaire Lefrançois.

– Une affaire pour débutant ! me dit-il. Je parie qu’après cinq minutes vous claironnez la solution.

Et il ne s’occupa plus de moi. Il alla s’asseoir dans un fauteuil, devant le radiateur électrique, et il tira à lui un guéridon sur lequel était posé un pot de confiture chinoise. La plus mauvaise plaisanterie jouée à Joseph Leborgne avait été de l’appeler ainsi, car il portait son nom aussi mal que possible. C’était un homme de trente-cinq ans environ, plutôt petit et mince, extrêmement soigné. Il avait horreur des complications de la vie au point qu’il s’obstinait, étant célibataire, à vivre à l’hôtel, où il se faisait le plus souvent servir ses repas dans sa chambre.

Éditions LE LIVRE DE POCHE

-

Édition originale: Éd. Fayard (1932)

28 février 2009

Les 13 énigmes

de Georges Simenon

les_13_enigmes

Place Saint-Georges, une voiture rouge, de la série G.7, s’arrêta à quelques mètres de nous et une jeune femme en sortit vivement, tout emmitouflée de fourrures. Elle tendit un billet au chauffeur et s’en alla sans attendre la monnaie.

– Prenez-le, dis-je, en désignant le taxi à mon compagnon.

– Du tout ! Prenez-le, vous !

– J’habite à deux pas d’ici…

– Qu’importe ! Je vous en prie…

Je cédai.Je lui tendis la main, bien que nous ne nous connussions que de fraîche date. Il me présenta sa main gauche, car, de toute la soirée, sa main droite était restée enfouie dans la poche de son veston. Et l’instant d’après, j’étais sur le point de le rappeler. Car je tombais brusquement en plein drame, en plein mystère.

Dans la voiture où je m’étais engouffré, je heurtais quelque chose. J’avançais la main et je m’apercevais que c’était un corps humain.

Éditions LE LIVRE DE POCHE

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Édition originale: Éd. Fayard (1932)

28 février 2009

L'âne rouge

de Georges Simenon

l_ane_rouge

Un navire qui descendait la Loire lança deux coups de sirène pour annoncer qu’il évoluait sur tribord et le cargo qui montait répondit par deux coups lointains qu’il était d’accord. Au même moment le marchand de poisson passait dans la rue en criant et en poussant sa charrette qui sautait sur les pavés.

Avant d’ouvrir les yeux, Jean Cholet eut encore une autre sensation: celle d’un vide ou d’un changement. Ce qui manquait, c’était le crépitement de la pluie sur le zinc du toit voisin, qui avait accompagné son sommeil pendant la plus grande partie de la nuit. Maintenant, il y avait du soleil. Il en avait plein les paupières closes. Il était tard, au moins huit heures et demie, puisque le marchand de poisson passait déjà. Cholet ne l’entendait de son lit que quand il était malade et qu’il n’allait pas au journal.

Il se dressa soudain, ouvrit les yeux. La mémoire lui revenait en partie. Ce matin-là n’était pas un matin comme les autres et il y aurait des heures désagréables à passer, en dépit du soleil oblique qui empourprait les fleurs roses du papier peint. Rien que le geste de se lever lui donna mal au cœur et, lorsqu’il fut debout sur la carpette, il hésita à se recoucher tant il avait la tête vide.

Il avait été ivre et il en gardait un mélange de déséquilibre et d’écœurement, avec une pointe inattendue d’allégresse.

Éditions LE LIVRE DE POCHE

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Édition originale: Éd. Fayard (1933)

28 février 2009

Le petit saint

de Georges Simenon

le_petit_saint

Il avait entre quatre et cinq ans lorsque le monde commença à vivre autour de lui, lorsqu’il prit conscience d’une vraie scène se jouant entre des êtres humains qu’il était capable de distinguer les uns des autres, de situer dans l’espace, dans un décor déterminé.

Il n’aurait pas pu préciser, plus tard, si c’était en été ou en hiver, bien qu’il eût déjà le sens des saisons. Probablement en automne, car une légère buée ternissait la fenêtre sans rideau et la lumière du bec de gaz d’en face, seule à éclairer la chambre, jaunâtre, semblait humide. Avait-il dormi ? Son corps était chaud sous la couverture. Aucun bruit particulier ne l’avait éveillé en sursaut.

Il avait seulement entendu, derrière le rideau, qui n’était qu’un vieux drap de lit suspendu à une tringle, un halètement familier, entrecoupé de gémissements, avec parfois le grincement des ressorts du lit. C’était sa mère qui couchait dans ce lit, presque toujours avec quelqu’un.

Puis, du même côté que lui du drap tenant lieu de cloison, il y avait Vladimir, ensuite Alice, ensuite les jumeaux, lui-même, chacun sur sa paillasse, et, contre le mur, le bébé dans son lit-cage.

Éditions LE LIVRE DE POCHE

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Édition originale: Éd. Presses de la Cité (1965)

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28 février 2009

Le chat

de Georges Simenon

le_chat

Il avait lâché le journal, qui s’était d’abord déployé sur ses genoux puis qui avait glissé lentement avant d’atterrir sur le parquet ciré. On aurait cru qu’il venait de s’endormir si, de temps en temps, une mince fente ne s’était dessinée entre ses paupières.

Est-ce que sa femme était dupe ? Elle tricotait, dans son fauteuil bas, de l’autre côté du foyer. Elle n’avait jamais l’air de l’observer, mais il savait depuis longtemps que rien ne lui échappait, pas même le tressaillement à peine perceptible d’un de ses muscles.

Éditions LE LIVRE DE POCHE

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Édition originale: Éd. Presses de la Cité (1967)

28 février 2009

Le passage de la ligne

de Georges Simenon

le_passage_de_lal

J’ai franchi trois fois la ligne, la première fois en fraude, avec l’aide d’un passeur, en quelque sorte, une fois au moins légitimement, et je suis sans doute un des rares à être retourné de plein gré à son point de départ.

Éditions LE LIVRE DE POCHE

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Édition originale: Éd. Presses de la Cité (1958)

28 février 2009

La neige était sale

de Georges Simenon

la_neige_etait_sale

Sans un événement fortuit, le geste de Frank Friedmaier, cette nuit-là, n’aurait eu qu’une importance relative.

Frank, évidemment, n’avait pas prévu que son voisin Gerhardt Holst passerait dans la rue. Or, le fait que Holst était passé et l’avait reconnu changeait tout.

Mais cela aussi, et tout ce qui devait s’ensuivre, Frank l’accepta.

Éditions LE LIVRE DE POCHE

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Édition originale: Éd. Presses de la Cité (1948)

28 février 2009

Les innocents

de Georges Simenon

les_innocents

Même la giboulée de mars qui tombait depuis une heure était savoureuse, car elle donnait à l’atelier une couleur plus intime. On retrouvait les toits de Paris que la pluie laquait d’un noir bleuâtre et le ciel était d’un gris qui gardait une certaine luminosité...

Éditions LE LIVRE DE POCHE

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Édition originale: Éd. Presses de la Cité (1972)

28 février 2009

Le train

de Georges Simenon

le_train

Quand je me suis éveillé, les rideaux de toile écrue laissaient filtrer dans la chambre une lumière jaunâtre que je connaissais bien. Nos fenêtres, au premier étage, n’ont pas de volets. Il n’y en a à aucune maison de la rue.

J’entendais, sur la table de nuit, le tic-tac du réveille-matin et, à côté de moi, la respiration scandée de ma femme, presque aussi sonore que celle des patients, au cinéma, pendant une opération. Elle était alors enceinte de sept mois et demi.

Éditions LE LIVRE DE POCHE

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Édition originale: Éd. Presses de la Cité (1961)

28 février 2009

Les Autres

de Georges Simenon

les_autres

L’oncle Antoine est mort mardi, la veille de la Toussaint, vers onze heures du soir vraisemblablement.

La même nuit, Colette a tenté de se jeter par la fenêtre.

À peu près dans le même temps, on apprenait qu’Édouard était revenu et que plusieurs personnes l’avaient aperçu en ville.

Tout cela a créé des remous dans la famille qu’on a vue hier, à l’enterrement, pour la première fois au complet depuis des années.

Ce soir, dimanche, il pleut à nouveau. Des rafales secouent les volets, font vibrer les vitres et l’eau coule intarissablement dans la gouttière qui descend à un mètre de ma fenêtre. Dans le jardin public entouré de grilles qu’on appelle le Jardin Botanique, les arbres se courbent et des branches cassées, dans les allées, se mêlent aux feuilles mortes.

Éditions LE LIVRE DE POCHE

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Édition originale: Éd. Presses de la Cité (1962)

28 février 2009

Les anneaux de Bicêtre

de Georges Simenon

les_anneaux_de_bicetre

Huit heures du soir. Pour des millions d’humains, chacun dans sa case, dans le petit monde qu’il s’est créé ou qu’il subit, une journée bien déterminée s’achève, froide et brumeuse, celle du mercredi 3 février.

Pour René Maugras, il n’y a pas d’heure ni de jour et ce n’est que plus tard que la question du temps écoulé le tracassera. Il est encore tout au fond d’un trou aussi obscur que les abysses des océans, sans contact avec l’univers extérieur.

Son bras droit, pourtant, à son insu, commence à s’agiter d’une façon spasmodique, cependant que sa joue se gonfle comiquement à chaque expiration.

Éditions LE LIVRE DE POCHE

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Édition originale: Éd. Presses de la Cité (1963)

28 février 2009

Les frères Rico

de Georges Simenon

les_freres_rico

Comme tous les autres jours, c’étaient les merles, les premiers, qui l’avaient réveillé. Il ne leur en voulait pas.

Au début, cela le mettait en rage, surtout qu’il n’était pas encore habitué au climat et que la chaleur l’empêchait de s’endormir avant deux ou trois heures du matin. Ils commençaient juste au lever du soleil. Or, ici, en Floride, le soleil se levait presque d’un seul coup. Il n’y avait pas d’aube. Le ciel était tout de suite doré, l’air moite, vibrant du caquetage des oiseaux.

Éditions LE LIVRE DE POCHE

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Édition originale: Éd. Presses de la Cité (1952)

28 février 2009

Je me souviens

de Georges Simenon

je_me_souviens

Mon cher garçon,

D’autres événements ont dû se passer le 13 février 1903. Grèves ? Arrestations d’anarchistes ? Visite de souverains à Paris ? Tirage de tombola ? Il suffirait de feuilleter une collection de journaux de l’époque. Toujours est-il que l’événement le plus important pour moi comme pour toi a eu pour théâtre la rue Léopold, qui relie le pont des Arches à la place Saint-Lambert, à Liège.

Exactement, cela s’est passé au deuxième étage de chez Cession, le chapelier.

Éditions LE LIVRE DE POCHE

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Édition originale: Éd. Presses de la Cité (1945)

28 février 2009

La chambre bleue

de Georges Simenon

la_chambre_bleue

Ce jour-là, dans la chambre bleue de l'hôtel, Tony et Andrée échangent quelques mots après l'amour.  "Si je devenais libre...tu te rendrais libre aussi ? " 

Tony ne répond pas à la question.

Le juge et le psychiatre qui l'interrogent à présent veulent comprendre. Comprendre pourquoi Tony, après cette rencontre, a évité sa maîtresse. Pourquoi il est parti précipitemment en vacances avec sa femme et sa fille. Pourquoi, après la mort de Nicolas, le mari d'Andrée, Tony prétend qu'il n'a pas reçu les lettres qu'elle lui écrivait. Pourquoi, le jour du drame, il était injoignable. 

Tony ne répond pas aux questions mais revoit les mois écoulés depuis leur dernière étreinte dans la chambre bleue. "Tu te rendrais libre aussi ? " 

Pour le jury qui s'apprête à condamner Tony, la réponse ne fait pas de doute...

Éditions PRESSES DE LA CITÉ

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Édition originale: Éd. Presses de la Cité (1964)

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