Au moment de l’explosion, les délégués au Conseil Atlantique en seraient toujours — en toute bonne foi — à vouloir régler pacifiquement la question et les Soviets ne pourraient sans ridicule, les accuser de leur avoir joué un coup tordu.
Quant à la « cause inconnue », Ferran était placé pour la connaître... Tout se déroula avec la précision d’un mouvement d’horlogerie.
Il poussa une porte, et devant le spectacle qui s’offrit à leurs yeux, Luc, pour aguerri qu’il fût, recula.
Franckie Wayne était là, nu, étendu sur une table ; son corps ne portait pas trop d’ecchymoses apparentes, mais aux marbrures qui bleuissaient la chair, aux endroits les plus sensibles, il devina que le Chinois avait appliqué pas mal de raffinements ancestraux.
La fracture de la cuisse était ouverte, et l’os sortait de la plaie, avec de multiples esquilles rougies de sang.
Les yeux bridés de Lajos se plissèrent encore plus, et il siffla entre ses dents, mauvais. "Discute pas ! D'ailleurs, je vais t'aider..."
Guiseppe prit seulement conscience d'un fait : l'homme avec qui son frère discutait, avait disparu comme par enchantement. Cela sentait très mauvais pour eux. Soudain, il se souvint d'un matelot de pont qu'on avait retrouvé avec un couteau entre les deux épaules. Le bruit avait couru que c'était à cause de son bavardage...
Rita Herson a été enlevée ! C'était la saison des orages. Luc Ferran le savait très bien, mais il était pourtant persuadé que la foudre n'était aucunement venue éclater dans le bureau ultra-moderne, où se centralisaient toutes les directives du N.I.D. (...) Il répéta lentement, presque syllabe à syllabe : Rita Herson a été enlevée ?
L'avion semblait jouer à cache-cache avec les éléments et disparaissait par moment derrière les masses cotonneuses. Il était seul dans le ciel hongrois. Un reflet naquit sur une de ses ailes, et mit en valeur l'étoile blanche de l'USAF. L'avion appartenait aux forces américaines stationnées en Europe. C'était un Super-Sabre F100 du dernier modèle. Les radars russes et hongrois avaient dû le localiser dès l'instant où il avait pénétré dans l'aire interdite.
Après tout, rien n’était plus facile pour elle que de sauter dans un taxi, de mettre sous le nez du chauffeur le nom et l’adresse.
N’importe qui pouvait aller dans un hôtel, et pour peu que Luc soit là, l’urgence excusait cette légère imprudence.
Elle passa à la hâte une sorte de manteau léger et descendit le plus tranquillement possible.
Pourtant, elle savait que le simple fait, pour Luc Ferran, d’être repéré signifiait une mort brutale : accident fortuit de la circulation, ou rixe habilement provoquée…
La maîtresse pensa que les manières se perdaient. Mais pouvait-elle exiger que son interlocuteur la laissât parler sans l’interrompre après qu’elle eût fait sa connaissance et qu’elle eût vu à quoi il ressemblait ? On ne pouvait pas demander à un barbare de se montrer civilisé.
— Oui, vénérable maître. Vos hommes n’auront plus qu’à entrer par derrière quand je leur ferai signe.
— Dans combien de temps ?
— Tout dépend de la résistance de l’homme. N’oubliez pas que vous m’avez dit que vous le vouliez vivant… Mort, ç’aurait été plus rapide.
La voix claqua dans l’écouteur.
— Très bien, mais il me le faut avant que l’autre arrive.
— Ce sont des sortes de vautours, monsieur. Mais le vautour, à côté, ressemble à un aimable colibri. Si monsieur me le permet, on n’en trouve pas au jardin botanique mais au jardin zoologique.
Luc alluma une cigarette et fit flamber le message de sa jeune collègue. Il déposa le papier enflammé dans le cendrier que le métis tendait vers lui.
— Ce sont des animaux dangereux ?
— Seulement pour les cadavres, monsieur… Et surtout pour les cadavres oubliés.
Il y avait certainement un traître parmi les hommes de Rum Thamgara. Il avait prévenu les soldats de l’attentat. Si Niokh n’avait pas avancé son départ pour Djakarta au dernier moment, il serait tombé bêtement dans l’embuscade qu’on lui avait tendue.
Il n’avait pas reconnu le mort ; vraisemblablement un partisan des nationalistes qui avait cru pouvoir saisir son arme et s’en servir à temps.
Ils s’arrêtèrent à la nuit. La neige tombait mollement et achevait de dissiper le pauvre jour embryonnaire. Ils creusèrent un trou dans la neige, se glissèrent à l’intérieur après avoir grignoté quelques tablettes. Il n’y avait pas cinq minutes qu’ils étaient allongés que le vent s’éleva.
Une demi-heure après, il soufflait à plus de cent kilomètres heure. Ils dormirent à tour de rôle car il fallait dégager sans cesse l’entrée de leur abri. Sinon, ils seraient morts étouffés. Quand il fut cinq heures du matin, le vent soufflait toujours avec la même violence.
Avec horreur, Jean Reuter vit l’homme se baisser et frapper deux fois encore le savant. Puis il se releva, alla au coffre et puisa dans les liasses de billets. Il les entassa dans sa sacoche.
Jean Reuter comprenait la manœuvre. L’inconnu allait travestir son action en un vol suivi de meurtre. Les enquêteurs pourraient supposer que Termann avait été tué par le bandit qu’il avait surpris en train de dévaliser son coffre. Car le savant était mort.
Il fouilla le cadavre, préleva le portefeuille qui contenait quelques coupures, prit l’argent et les papiers d’identité. Il tira ensuite le corps jusqu’au prétendu puisard.
— Fallait que tu sois saoul pour que tu ne t’aperçoives pas combien ça ressemblait à une tombe prête à servir.
Il jeta le corps dans le trou, puis il prépara un mélange de ciment ultra-rapide et le versa sur la terre qui recouvrait le corps de Yeates d’une mince pellicule. Il en coula une épaisseur de dix centimètres. Autant sur les côtés du cadavre. Puis il commença de tasser la terre avec un soin extrême.
Dans les bars d'Adélaïde, en Australie, se murmure la légende de Fantom Harbor, un endroit mythique où tous les bateaux disparus en mer depuis des siècles auraient trouvé refuge... Si l'on reparle de Fantom Harbor, c'est qu'on vient de découvrir échoué un cotre vieux de cent cinquante ans avec, à bord, un moribond déclarant qu'il vient de là-bas.
Or le Vésuvio, le bateau d'Ugo Cardone, se trouve précisément immobilisé dans le port d'Adélaïde, faute de fret et d'argent. Mais une nuit, dans un bar, on propose à Cardone beaucoup d'argent pour transporter une cargaison de charbon jusque dans les îles de Macquarie... Ugo Cardone et son équipage n'atteindront jamais les îles de Macquarie. En revanche, ils ne tarderont guêre à s'apercevoir que Fantom Harbor n'est pas une légende et que cet atoll des Bateaux Perdus est un lieu dont on ne repart jamais une fois qu'on y a abordé...
On les appelle les Kouliks et ce sont des Indiens détenteurs d'un formidable secret... Ennio Gemini s'est mis en tête de découvrir leur territoire qui se cache quelque part dans un coin perdu d'Amazonie. C'est pour cela qu'il a loué les services d'Ugo Cardone.
Mais Gemini n'est pas le seul à s'intéresser aux Kouliks et Cardone, qui pourtant en a vu d'autres, n'est pas prêt d'oublier ce qui l'attend en plein cœur de la forêt des hommes volants.
Imaginez les années 30, l'Europe à l'aube de la Seconde Guerre mondiale, Hitler triomphant, les Juifs contraints de fuir une Allemagne en proie à la folie et à la haine ou de se terrer dans l'espoir d'échapper au souffle fétide de la bête immonde...
Imaginez le Vesuvio, un vieux cargo rouillé dont le capitaine, Ugo Cardone, et son équipage se livrent à mille trafics en marge d'une légalité chancelante... Imaginez les nazis sur la trace d'un secret défiant l'entendement... Imaginez l'amour, la peur, la convoitise, le danger... Imaginez Les compagnons d'éternité...