de Georges Simenon

le bilan maletras

Ce samedi-là, au Cintra où il se rend chaque fin d’après-midi pour y prendre sa consommation à côté des bridgeurs habituels, Jules Malétras, riche commerçant retiré des affaires, charge un de ses voisins de table de prévenir sa femme qu'il ne rentrera pas dîner. Il va rejoindre sa jeune maîtresse Lulu, une fille très ordinaire pour laquelle il n'éprouve ni amour, ni passion, mais qu'il entretient, histoire de meubler un peu le désœuvrement de sa vie.

Or, la soirée, qui a mal commencé par la faute de la jeune fille, se termine plus mal encore : quand le couple a regagné le logis miteux de Lulu, celle-ci a refusé de se dévêtir, et Malétras, l'ayant saisie à la gorge, l’a étranglée sans l’avoir cherché, tout bêtement.

Au même moment est apparu Joseph, l'ami que la victime avait présenté comme son frère à Malétras, lequel n'était pas dupe. Très maître de lui, Joseph dissuade Malétras d'aller se livrer à la police: qu'il lui fasse seulement confiance, il arrangera tout. Et de fait, lorsque Malétras revoit Joseph, qu'il soupçonne à tort de vouloir faire du chantage, celui-ci a machiné tout un plan qui laissera croire au départ inopiné de Lulu (dont il fera d'ailleurs disparaître le corps plus tard). L'étrange garçon ne veut pas d'argent : c'est tout juste s'il consent à recevoir une aide financière que le pousse à accepter Malétras, conscient d'acheter l'impunité à bon compte.

Dès lors, pour lui, les jours vont s'écouler sans que rien change apparemment dans son existence. Il s'étonne d'être un criminel qui n’a ni regret, ni crainte. L'idée lui vient parfois de se dénoncer pour qu'il arrive enfin quelque chose : que dirait-on si on savait ce qu'il a fait ? Mais il n'arrive rien. Sinon que... 

Éditions GALLIMARD

Édition originale (1948)