Exquis cadavres
(Tome 2)
"Il regarde la page de journal recomposée et allume le transistor qu'il a dérobé à Evelyne et à Robert, depuis six mois. En six mois de transistor, il a compris qu'il existait autre chose que cet endroit suintant, il a découvert le mot "famille", il a réalisé qu'il n'avait rien à faire dans le cellier, que ses gueux le traitaient comme un chien. Avant ? Avant, il leur trouvait de bonnes raisons. Il pensait: "C'est ma faute, je suis méchant". Avant, il possédait moins de vocabulaire; le transistor n'était pas entré dans son quotidien animal pour lui ouvrir les portes du monde extérieur. Avant, il ne bronchait pas, il ignorait le sens du mot révolte."
Éditions J'Ai Lu
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Toujours attiré par le sang, La Cloducque a fait des pieds et des mains pour se faire embaucher dans la police. L'attrait de l'uniforme, sans doute, et aussi l'assurance de la gamelle.
Lever à 9 heures. Petit-déj dans un sympathique bistrot de Saint-Jean: sauciflard chaud et brouilly. Puis on traîne sur les quais de la Saône sans que personne, ne nous demande rien, vu que personne n'essaie de communiquer avec les crottes de bique, c'est bien pour ça qu'on a pas de relations.
_ Je suis un type qui vient vous protéger, entendu ? Je crois m'être fait parfaitement comprendre, non ?
Qui l'eut cru que Luj Inferman' et La Cloducque, ces deux tristes produits de la société de non-consommation, ces paumés, ces infects, ces raclures, allaient devenir des saints ? Oui, des saints. Des gars qui font des miracles, autrement dit.
Or çà, bonnes gens, revoici Luj Inferman', le Bogart du pauvre, et La Cloducque, le Quasimodo du sous-développé! Ils ont ravi, dans leurs premières aventures, bon nombre d'entre vous, et écoeuré quelques-uns.
Luj est un traîne-savate, râleur, paumé, sadique à ses heures, petit truand combinard, qui manifeste à l'égard de la société une implacable lucidité. Quant à La Cloducque, son créateur explique qu'il proviendrait d'un "vague rameau de l'arbre imposant et majestueux qui porte des gens comme Gargantua, Ubu, Oliver Hardy, le monstre de Frankenstein et les brutes obèses et burlesques américains. "
Avoir un papa chef d'orchestre de renommée mondiale, dans la vie, c'est un bon début.
Dans le genre de la nouvelle, particulièrement difficile, Pierre Siniac, en grand professionnel et en grand écrivain, est parfaitement à l'aise, ménageant avec une habileté consommée la montée des récits et la surprise des chutes.
« Un charmant garçon, Gusti la Feignasse. Pas tout jeune, cireur de chaussures sur les Champs-Elysées, ancien voyou, passionné de films policiers. Il avait en tête, le plus formidable hold-up des siècles passés et à venir. Butin faramineux à espérer.