L'angoisse serra brusquement la gorge du portier. C'était la première fois qu'il avait l'occasion de pénétrer dans l'appartement du grand acteur shakespearien.
- Sir Charles ? Êtes-vous ici ?
La porte de la chambre était entrouverte. Il aperçut la moquette blanche. Un détail le frappa: une tache rouge sur le sol. Intrigué, il continua d'avancer. Sir Charles Williams était étendu sur le ventre en travers de son lit.
Son sang s'était répandu sur la moquette et avait taché les draps.
Sir Langston Caine, milliardaire envié et collectionneur réputé de tableaux anciens, se rendit cette nuit dans son sanctuaire pour contempler son dernier chef-d'oeuvre, la jeune fille au turban de Vermeer. Il passa six heures en sa compagnie, se noyant en elle, oubliant tout ce qui n'était pas sa beauté.
C'est à regret qu'il la quitta à l'aube pour retrouver son logis. Un bruit insolite le troubla alors.
Le turban de coton bleu qui s'enroula autour de sa gorge lui procura d'abord une sensation exquise; ainsi, elle n'avait pu se passer de lui ! Mais la pression devint douloureuse; il étouffait. Sa vue se brouilla, le turban le priva de son dernier souffle.
Janet Bee s'engagea dans l'épaisse forêt, véritable muraille végétale qui semblait hostile à toute présence humaine.
En elle, la curiosité scientifique venait de vaincre la peur. Jeune médiéviste d'Oxford passionnée par les contes du Graal, une idée la hantait depuis de nombreuses années : retrouver la tombe du roi Arthur, le lieu sacré par excellence.
Soudain, une petite chapelle du Haut Moyen Age surgit devant elle. La jeune femme crut défaillir. Ainsi, elle avait réussi !
Mais son sang se figea en entendant des pas résonner derrière elle.
L'assassinat de Frances Mortimer passait déjà pour le crime le plus mystérieux du siècle.
Les journaux, en raison de la présence plus qu'insolite d'une momie martyrisée aux côtés du cadavre, évoquaient un meurtre rituel. On reparlait de la vengeance des pharaons. La beauté de la victime, la très séduisante Mme Mortimer, ne faisait qu'ajouter à l'émotion suscitée par ce crime odieux...
Mais quelle explication donner à cette étrange et macabre mise en scène ? Quel esprit dément avait poussé la cruauté jusque-là ?
Ce soir d'été, à Aix-en-Provence, fut donnée une représentation exceptionnelle des Noces de Figaro, honorée par la présence de la reine d'Angleterre Elisabeth II.
Au beau milieu du spectacle, la grande cantatrice fut soudain interrompue par des hurlements provenant de l'estrade royale. Éberlués, les chanteurs se regardèrent; certains musiciens cessèrent de jouer, d'autres firent de fausses notes.
Au cœur de ce tumulte, on entendit à peine deux coups de feu, le bruit de la chute de deux corps et celui d'un revolver jeté aux pieds de Sa Majesté...
À la fin du siècle dernier, une affaire tristement célèbre, la plus mystérieuse de l'histoire criminelle, devait bouleverser l'Angleterre: plusieurs meurtres de femmes de petite vertu étaient commis dans un quartier sordide de Londres par celui que l'on appela sans jamais déceler son identité, Jack l'Eventreur.
Plus d'un demi-siècle plus tard, les mêmes faits atroces se reproduisent à Whitechapel. La date des meurtres, les crimes eux-mêmes, les affreuses blessures, les mutilations...
Tout porte la marque du héros maudit. La surprise confine à la stupéfaction lorsque les huit suspects repérés par le superintendant Marlow apparaissent comme les inquiétantes réincarnations de ceux de l'année 1888... Il y a de quoi devenir fou...
Jack l'Eventreur, par la grâce d'un élixir de jouvence, serait-il de retour ? Mais pourquoi avoir attendu si longtemps pour reprendre ses sinistres activités ? Un dément aurait-il ourdi cette oeuvre noire ? Mais mû par quel mobile ?
Une fois de plus la perspicacité de Higgins est mise à rude épreuve. Pourtant l'ex-inspecteur-chef bénéficie d'un atout un certain carnet datant de 1888...
Avec cette violente tempête, il régnait dans les rues de Londres un impressionnant désordre qui rappela à Higgins certaines scènes du blitz de 1941. Palissades emportées, poubelles renversées et débris de cheminées jonchaient la chaussée, des chiens hurlaient à la mort...
Obligés de rouler lentement, ils ne pénétrèrent dans le quartier de Kensington qu'à minuit et demi. Au delà du cordon de police, un attroupement s'était formé devant l'église copte d'Allen Street.
Les regards d'Higgins et de Scott Marlow se portèrent vers le plus haut pignon de l'édifice où se balançait au bout d'une chaîne un corps carbonisé.
Le vieil horloger du palais, Persian Colombus, homme discret et silencieux ayant vécu à l'abri du monde extérieur, éprouvait une émotion intense en quittant à jamais l'austère résidence royale où, pendant de si nombreuses années, il avait été le seul habilité à remonter les trois cents horloges et pendules du palais.
Quand on frappa à la porte, il sourit; sans doute un nouveau cadeau d'adieu.
Il ouvrit avec lenteur. Le temps d'apercevoir son assassin, le maître du temps était mort, sous le choc de coups de poings assenés avec une violence et une sauvagerie incroyables...
Ségurane, son panier d'oeillets au bras, partait pour le marché aux fleurs. Parvenue à l'endroit où, disait la légende, s'était pendu un poète désespéré, elle s'arrêta, interdite.
Sur le trottoir, un homme baignait dans son sang, le crâne défoncé. Les lèvres du mort, violettes, était collées avec du papier grossier. Autour du cou, une corde. En plein coeur, un poignard au manche de nacre orné d'une croix.
Lord Benjamin Wolf, l'un des plus importants avocats d'affaires sur la place de Londres, se fit conduire par une belle matinée de juin à Wimbledon. Il se rendait à une partie de tennis exceptionnelle qu'il avait organisée avec "ses amis".
... Depuis quelques minutes, Wolf jouait moins bien. Mené 0-40, il était sur le point de perdre son service. Il servit une première balle molle que son adversaire réussit à renvoyer à mi-hauteur; la volée s'annonçait facile.
L'avocat courut vers le filet, poussa un cri, lâcha la raquette, porta les mains à son coeur et s'écroula sur le gazon du court central.
Higgins et Scott Marlow s'avancèrent vers le sanctuaire africain.
Dans la lueur rouge des torches fumantes, Victoria Stanley s'adonnait à un rite maléfique. Face à un gigantesque masque dogon, appliquée à scander une mélopée grinçante, elle transperçait une statuette d'argile avec la pointe d'une flèche.
Higgins toussota. Frappée par la foudre, Lady Victoria se retourna, laissant tomber sur le sol de terre battue la statuette qu'elle martyrisait.
En cette nuit de la veille du solstice d'été, la procession entra dans le cercle magique des pierres de Stonehenge avec lenteur et solennité. Au coeur du sanctuaire, le maître secret du druidisme, était figé sur son trône.
Une vague inquiétude enserra le coeur des adeptes. La druidesse, enfreignant le rituel, s'approcha de l'archidruide et lui toucha le bras droit, avec la tendresse d'une femme amoureuse.
Basculant en avant, le cadavre s'effondra sur le sol sacré. Tenant toujours le Graal entre ses mains.
Sir Francis Bacon, héros de la R.A.F., propriétaire du "Tradition", le plus ancien club d'Angleterre, s'installa au piano. Se délier les doigts et l'âme était le meilleur moyen de se préparer à une entrevue capitale...
La porte du salon de musique s'entrouvrit. Avant qu'il ait eu le temps d'ébaucher un geste, sir Francis ressentit un choc violent dans le dos.
Aussitôt, une insupportable douleur enflamma sa poitrine. Un second coup de poignard le fit s'affaler sur le clavier.
Higgins connaissait tous les chemins de cette forêt épaisse du Gloucestershire où personne n'osait plus s'aventurer. Son adolescence en Orient lui avait permis de maîtriser la peur.
En approchant d'un des plus hauts chênes, que les bûcherons avaient surnommé "le juge éternel", il crut voir un étrange spectacle. Il fit quelques pas. L'ex-inspecteur Higgins n'était pas victime d'une hallucination.
À l'une des branches puissantes de l'arbre était bien accrochée une corde.
Au bout de laquelle se balançait très lentement un pendu.
Pour la première fois, Peng, le chauffeur chinois du trop célèbre éditeur Antony Newfield, était en retard. Avec appréhension, il pénétra dans la salle du comité de lecture; Newfield était affalé sur son bureau, comme s'il dormait. Une odeur de cigare froid flottait dans l'air.
- Monsieur Newfield...
Peng toucha l'épaule gauche de l'éditeur qui s'effondra sur le côté, faisant tomber ses lunettes qui éclatèrent à ses pieds.
Le Chinois aperçut alors la tache de sang qui souillait la chemise blanche à la hauteur du coeur.