Morvan qu'on appelle La Morve n'est pas un mauvais Français puisqu'il est alcoolique et pratiquant, catholique élégiaque, tueur à gages scrofuleux, mais voilà, il se trompe de cible, il improvise, son commanditaire crise, le flic gigolo poétise, la victime désignée balise et Ramier, qui passait par là, héroïse.
Quant aux deux petites gredines, pourquoi une petite et une grosse ? Et bien parce que Laure, elle est hardie.
Hélène, elle s'appelle Hélène ! Celle du feuilleton, vous savez, je la voyais en pull tricoté cœur, pas en petite culotte de galuchat synthétique, et surtout pas à deux heures du matin, chez nous, aux Blattes, où c'est rien qu'abrutis vulgaires et béton.
J'essaie donc d'en faire ma pelote, d'Hélène, c'est moi qui l'ai trouvée, mais ils rappliquent tous. Et j'ai beau être consensuel, et français, moi, catholique de souche, et poli, ils n'ont pas de respect. Parce que je serais con et moche, glauque et gluant. Pervers sentimental. Tout le monde veut s'introduire dans mon petit intérieur pour me chiper ma fiancée, mon otage, ma secrète... Mais on n'arrache pas son os à un chien.
Ça se passe à Paris le samedi 18 mars 2006, jour de manif et de tournoi des cinq Nations. Tout est réel : la date, les lieux. Moi-même je suis aussi réel que possible et pourtant comme nous tous désormais je suis devenu incapable de dire ou d'écrire la réalité : j'évolue comme une algue pensante dans un monde qui a la consistance d'un fantasme.
Pour aller de Montsouris au Lutécia, je passe par Sainte-Anne, La Santé et Cochin, c'est-à-dire la folie, la prison et la mort, pour déboucher sur une foule de jeunes en colère avec le grand pistolet que mon fils m'a demandé de lui apporter dans la cadre de son intérim, et un bébé mort dans un sac Adidas. Je ne sais pas où vont ces enfants et le mien en particulier, mais après tout, j'y vais aussi...
"Officier de classe exceptionnelle, cultivé et incisif, il s'est vu confier des responsabilités sans cesse élargies et a été un élément fondamental de l'influence de la France au Kosovo"
- Note du général de division Jean-Claude Thomann, 5 janvier 2000.
Moins de trois mois plus tard, accusé d'avoir divulgué des documents classés confidentiel-défense, le colonel de gendarmerie Jean-Michel Méchain est passé à tabac en pleine rue, puis écroué à la prison de la santé . Sa carrière exemplaire, de Chamonix à Pristina en passant par Beyrouth, est brisée. Malgré un non-lieu prononcé en juin 2007, il n'obtiendra ni de la justice ni de sa hiérarchie d'être réhabilité.
Longtemps réduit au silence par l'obligation de réserve, Jean-Michel Méchain est désormais libre de s'exprimer. Tout en évoquant la mort programmé de la gendarmerie.
Éditions La Table Ronde
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"Qui veut la peau du colonel ?" retrace l'ascension et la longue descente aux enfers d'un homme dont l'idéal d'engagement et de sacrifice a été piétiné.
Le plus souvent le crime est affaire d'abrutis, de bestiaux. L'homme est un chien pour l'homme. Chienne de vie.
Tintin aime Gina, et Gina aime Tintin. Ils croient qu'ils se valent, mais ils n'ont pas les mêmes valeurs. Il vient de la classe moyenne - la langue française est son identité - et elle est de la classe tous risques. Elle lui dit merde, à la langue française.
Ils se mettent en ménage chez elle, dans le Nord: lecture pour lui, manucure pour elle. Factures. Chômage. Feuilletons télé. Ils n'ont rien à se dire. C'est d'abord ça, la paupérisation, l'appauvrissement du langage. Franck s'installe dans ce chaos. Franck, c'est le vide parfait, Gina en a le vertige, et Tintin ne sait plus qui est chien, qui est chienne. Il assiste aux accouplements. Il fait leur lit, leur sert des bières. Il pense tout haut, tout seul, tout le temps. Son humiliation consentie, sa présence soumise, sa différence deviennent une gêne, puis une menace et un danger.
Un chien qui a la rage, on sait ce qu'il veut. Il veut vous tuer. Mais un chien battu, qui ne se respecte pas lui-même ? Tintin tente un baroud d'honneur, mais le mot honneur n'existe pas dans la langue chienne.
Le marginal Emile Rochette, jeune homme en rupture de ban (lieue) perdu dans le carnaval de la déveine de ce Mardi-Gris, a peut-être tué le brigadier Gourdon, flic raciste et casseur de gauchistes.
Rien n'est sûr mais ce que le lecteur sait, c'est que Rochette, après avoir fait ses adieux à Nadia, la prostituée, part en cavale avec René, truand maigriot qui vient de sortir de Fleury. Direction le Cantal, dans une ferme abandonnée par une communauté. Il ne reste que Nana Cool qui accueille les deux chiens perdus sans collier.
Une chanteuse de goualante populo-funk, un critique rock sourdingue, un couple de junks romantiques, deux tueurs sclérosés, quelques rappeurs timides, un contrôleur déserteur, une ex-star du porno, une petite orpheline, un grand méchant loup et quelques 100 000 zoulous débarquent dans la ville bourgeoise, normal, Bourges, pour le vingtième anniversaire du Printemps.
Vingt ans, ça suffit ! L'ordre moral regimbe, les ligues de vertus se rebiffent, et un ex-mercenaire découvre que Bourges vit de l'industrie du canon.
Peut-on s'imaginer la vie d'un homme qui aurait décidé de ne servir à rien, de passer son temps à être inutile ? Benoît Ponque a disparu, et le héros-narrateur est chargé par sa famille de le retrouver. Mais comment faire, et où aller ?
Le héros s'engage dans une véritable enquête et va croiser toutes sortes de « zéros excentriques » : une artiste pondeuse d'œuf, une mère-enfant collectionneuse d'objets obsolètes, des voisins délurés, un amour comme une promesse, des vrais cadavres et un faux fantôme. Car il y a aussi tous ceux qui refusent le "cynisme du vide", les garants d'une société-machine, qui ont peur des inutiles, qui s'acharnent à les utiliser, les répertorier pour les réinsérer. C'est peine perdue, car "un inutile ne sert à rien. On ne remplace pas ce qui ne sert à rien. Donc un inutile est irremplaçable".
Éditions Grasset
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L'écriture de Prudon est une recherche du sens caché des mots. Nous retrouvons ici l'humour et la dérision propres à cet auteur, sa gloutonnerie des mots, l'alchimie des expressions revisitées : toute la jouissance du langage mise au service du désespoir.
Un homme est fragile et le Poulpe est un homme. Le macho chameau moche éméché à la Chimay en chie, chôme et chiale. Facile en fait de fourrer son nez dans les affaires des autres, mais se retrouver le nez dans le caca parce qu'on a laissé mourir un ancien pote devenu SDF, c'est intolérable.
Le Poulpe endosse les habits du clodo défunt et va voir au Maroc around the clock ce que cache d'incommunicabilité une agence de communication. Sniff, sniff, notre héros n'arrête pas de se lamenter sur sa vie de privilégié. Dans le confort, les cons sont forts, pense l'intouchable, qui n'a plus envie d'être héroïque. Heureusement, il y a Cheryl dont l'oreille est hardie...
Hervé Prudon est né en décembre 1950 à Sannois en France. Il fait des études supérieures à l'Université Sorbonne Nouvelle - Paris 3 et obtient une maîtrise en Lettres en 1974. Grand voyageur, il séjourne ensuite en Australie, au Népal et dans divers pays européens. « De retour à Paris, il échoue à l'agrégation et travaille comme manutentionnaire, accessoiriste de théâtre, déménageur, pigiste ».
Il publie son premier roman Mardi gris dans la collection Série noire en 1978. Jean-Patrick Manchette salue « sa furia et sa maestria », mais ses audaces stylistiques et ses univers déglingués le marginalisent.
Après ses deux premiers romans, il collabore à divers journaux : Le Monde, Libération, Le Nouvel Observateur, Cosmopolitan. Il travaille aussi comme nègre littéraire, une « expérience qu'il raconte dans "Plume de nègre" (1987) ».
Il revient à la Série Noire en 1995 avec "Nadine Mouque", couronné par le prix Louis-Guilloux, qui raconte les pathétiques aventures d'un vieux garçon chômeur et alcoolique de la banlieue parisienne, et deux autres romans l'année suivante. Depuis, il a publié chez Grasset et Flammarion des romans et récits qui s'éloignent du genre policier. "Ze big Slip" (2006) appartient toutefois au roman policier humoristique, tout comme Ouarzazate et mourir (1996), un épisode du Poulpe.
Il a également signé des scénarios pour des courts métrages, des adaptations théâtrales pour la radio et, en 1998, la pièce "Comme des malades", une expérience théâtrale très remarquée avec le comédien Jacques Bonnaffé.
L'assassinat d'un paisible marchand de bonbons d'origine française, en Espagne, en plein hiver, relève sans doute moins des excès en tous genres que connaissent les côtes espagnoles en période estivale que du règlement de compte politico-crapuleux.
Et le Poulpe se retrouve face à des tentacules dont il se serait bien passé : celles des restes de la politique algérienne de la France, du rôle de l'Espagne en la matière, avec réseaux de réfugiés, activisme terroriste, liens occultes ou explicites avec le Front National et le Groupe parlementaire des droites européennes et... trésor de l'OAS. Un sacré bourbier, dont certains sortiront malpropres.
Mariano Sanchez Soler est né en mai 1954 à Alicante (Espagne). Il est titulaire d'une licence en Sciences de l'information de l'Université Complutense de Madrid et d'un doctorat de l'Université d'Alicante.
En tant que journaliste, il a travaillé dans la rédaction de journaux et d'hebdomadaires renommés.
Harlowe, petite ville rurale du New Hampshire non loin de Boston, est un coin tranquille où tout le monde se connaît et où chacun a sa place : Fanny, avec sa voix insipide et son regard vide, est juchée sur son perchoir derrière le comptoir du magasin d’alimentation générale ; John passe la niveleuse ou le chasse-neige, au choix, lorsque la commune le lui demande ; la femme pasteur prononce son sermon tous les premiers dimanches du mois.
Mais cet ordre paisible est petit à petit amené à changer à compter du jour où Perly Dunsmore fait son apparition. Ce commissaire-priseur au charme indéniable, globe-trotter averti, raffiné, poli et instruit, atterrit sans qu’on sache trop pourquoi à Harlowe où, avec l’aide du chef de la police locale, Bob Gore, il commence à organiser des ventes aux enchères dans le but d’améliorer la sécurité et de faire prospérer la petite communauté. Les habitants jouent plus ou moins le jeu, et font don de choses et d’autres remisées à la grange, à la cave ou au grenier, et dont ils n’ont plus vraiment l’utilité.
Puis, lorsque les demandes se font de plus en plus pressantes et que les refus sont poliment écartés, les choses commencent peu à peu à déraper. Que souhaite réellement ce Perly Dunsmore, qui se présente comme le sauveur désintéressé de ce petit bout de campagne qui n’a pourtant lancé aucun appel à l’aide ? Et jusqu’où est-il prêt à aller pour l’obtenir ?
Éditions Monsieur Toussaint Louverture
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Roman sur les rouages infernaux de la dépossession des plus pauvres et des menaces des forces de l’ordre, cette fiction à mi-chemin entre le thriller, le "nature writing" et le grand roman américain est un conte sensible et terrifiant sur la perte d’identité et le vol des âmes, l’effondrement de la morale face à la loi des marchés et la peur de ceux qui ne possèdent rien ou très peu, qui les conduisent à une forme déroutante de soumission. Et, ultimement, il pose au lecteur l’essentielle mais angoissante question : jusqu’où, exactement, peut-on céder ?
Joan Samson est née en septembre 1937 en Pennsylvanie (États-Unis). Elle a fréquenté le Wellesley College de 1955 à 1957, ses années de premier cycle étant interrompues par un mariage et son départ pour Chicago avec son mari. Elle a terminé ses études à l'Université de Chicago (B.A. 1959) et a enseigné à l'école primaire à Chicago (1959-1960). Peu de temps après, son mariage s'est achevé.
Elle a ensuite enseigné en Angleterre et c'est là, que le 27 mai 1965, elle a épousé Warren C. Carberg, Jr., administrateur de bibliothèque. Ils ont vécu quelques années en Europe avant de retourner dans le Massachusetts. Elle est retourné étudier à l'Université Tufts (MA 1968), a enseigné dans une école de campagne à Brookline, Massachusetts, en 1968-1969, et a travaillé comme secrétaire de rédaction pour la revue "Daedalus" de 1973 à 1975.
En 1974, elle écrit un premier livre, "Watching the New Baby". Basé sur la naissance de sa fille, c’est un récit destiné aux futurs parents qui s’apprêtent à accueillir un nouveau membre dans leur famille.
Elle décide, en 1975, bien qu’elle ne se soit jamais essayée à la fiction, d’écrire une nouvelle d’une dizaine de pages sur l’arrivée dans un village du New Hampshire d’un étranger venu de la ville. L’idée lui serait venue d’un cauchemar.
Après avoir fait lire la nouvelle à son mari, celui-ci l’encourage à en faire un roman, et c’est grâce à Pat Myrer, agent littéraire de chez McIntosh and Otis avec qui elle avait collaboré, que Joan Samson parvient rapidement à publier son texte. Le livre, "The Auctioneer" ("Délivrez-nous du bien"), parait en janvier 1976, et en peu de temps se hisse sur la liste des meilleures ventes.
(Source: Wikipedia / )
Joan Samson meurt le 27 février 1976d'un cancer du cerveauquelques semaines après la parution du roman