Les pégriots
En 1934, alors que la République chancelait dans le scandale Stavisky, Georges Simenon, qui suivait « l'Affaire » en reporter, catapulta à la « une » des journaux un petit homme qui l'avait fasciné et qu'il baptisa Jo la Terreur. Le petit homme était redoutable: il détenait les talons de chèques de Stavisky, de quoi damner le Régime.
Mais Jo était bien autre chose. À trente-huit ans, il était déjà le dernier survivant d'une époque héroïque, celle des Grands Truands de la Pègre, bien avant AI Capone, Chicago et la Mafia. Ces Pègriots étaient des chevaliers du crime, non des industriels comme leurs successeurs. Leur capitale mondiale était Paris; leurs femmes, des Casque d'Or, croqueuses de diams et de princes.
À dix-huit ans, Jo s'imposa parmi eux. À elle seule, son équipée sauvage serait un livre.
Mais surtout, en le retrouvant, c'est toute la geste romantique de cette époque de géants qu'a pu retracer Auguste Le breton.
Éditions LE LIVRE DE POCHE
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Édition originale: Éd. Robert Laffont (1973)
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Quand on sort du gnouf à près de cinquante balais, on a beau être l'un des meilleurs spécialistes en coffres-forts, le superbe coup à trois milliards, le dernier avant la retraite, c'est vraiment un gros morceau.
Un, deux, puis dix loubards se retournèrent. Il furent bientôt cent à former une barrière mouvante, sale, hirsute, entre le couple et les Anti-gangs.
- Deux cent mille dollars en plus de ta bourse, et tu te couches. En face de toi, c'est un boxeur fini, un has-been, il est joué perdant à quarante contre un... et nous on va le jouer gagnant. Dans trois mois, tu as ta revanche. Tout le monde devrait être content, non ? La pratique est courante dans le monde de la boxe. Surtout aux States...
Sur l'écran, la jeune femme hurlait, entièrement nue. Un homme masqué, nu lui aussi, s'approcha d'elle et lui lacéra le ventre d'un coup de couteau… Ce n'était pas du cinéma.
Hostile, Emmanuel Beauchet dévisageait l'homme carré et massif qui l'attendait au parloir. C'était Bordier, chef de la Brigade Territoriale.
Maïa, la belle Indienne se tourna vers Robert Lomond:
Les flics avançaient, déployés sur toute la largeur de l'avenue. Il comprit dès lors qu'il était arrivé au bout de sa course. Jamais Berkovic, le "gentleman-gangster", ne se serait foutu dans un tel merdier...
- Le voilà ! siffla la Chienne Rouge à Yannick Carlec.
Un des Anti-Gangs embusqués tira une courte rafale de son UZI. Un trait rouge se dessina sur le ventre du truand. Un voile flou commença à lui embrumer le regard. Pas assez, pourtant, pour l'empêcher de voir que son complice s'était déjà élevé à la hauteur du quatrième étage.
Muni d'un long et fin lacet de cuir torsadé, l'étrangleur parvint le premier à la hauteur de la R5. Lorsqu'il découvrit le conducteur assoupi, un petit rictus cruel amincit davantage ses lèvres fines. Il allait lui jouer ça en silence. Sans le salir.
« Nous ne sommes pas de vrais truands. Nous n'avons pas de contacts avec la pègre et les flics ignorent jusqu'à notre existence. »
Beat Quiet se pencha sur le corps, arracha l'attaché-case des doigts crispés puis, agrippant les cheveux, il souleva brutalement la tête.
Si la holdopeuse ne paniquait pas, son coeur cognait dur. Elle enfonça un peu plus le canon de son pistolet dans le bas-ventre du gardien de la "Banque des Banques".
Le faucheux avait découvert une règle qui donne du tonus: la douleur tient voûté, la haine redresse; la douleur s'efface, la haine demeure.