Comprenant d'instinct que la fuite constituait sa seule chance devant des adversaires qui avaient l'avantage du nombre, il voulut foncer vers les lumières du carrefour. II se heurta à une espèce de géant qui l'empoigna à bras-le-corps et le souleva de terre, le plaqua au sol avec une force prodigieuse et, se penchant, le frappa sous le menton.
Des piétinements sourds, une porte ouverte avec violence, une exclamation. Puis la voix étranglée de Sellaire lançant une imprécation. Deux coups de feu éclatèrent presque simultanément, une autre voix brailla un ordre.
Gillon et Coplan s'étaient levés tout d'une pièce, leur regard tourné vers la porte de la chambre, étreints tous deux par une sensation d'angoisse.
Impossible de s'échapper. Des pas gravissaient précipitamment l'escalier. Coplan n'était pas armé. En une fraction de seconde, il entrevit ce qui allait se produire: ces inconnus venaient descendre Gillon. Et lui avec.
Quand ils repassèrent devant l'immeuble qui abri, tait les locaux de l'Office de Documentation des Industries Françaises, Coplan eut la quasi-certitude que, le bonhomme qui se promenait sur le trottoir d'en face n'était pas un promeneur ordinaire.
Ce manteau noir, ce chapeau gris, cette démarche trop tranquille de flâneur, il les avait déjà vus en arrivant, le matin même.
Coplan monta à la galerie et tomba inopinément sur Mac Gregor.
— Tiens ! Bonjour ! claironna l'Anglais. J'avais entendu dire que vous étiez coffré. Une erreur judiciaire, il me semble ?
— Comme vous voyez, dit Francis. Avez-vous assisté à cette imposante démonstration de force en mon honneur, hier soir ?
— Hélas non, déplora Mac Gregor. II y a si peu de distractions à Mandalay... Figurez-vous que j'étais parti pour une chasse au tigre. Je ne suis rentré qu'à l'aube.
— Eh bien, j'ai l'impression que je vais me payer le même genre de divertissement, rétorqua Coplan. Salut ! II poursuivit son chemin, gagna sa chambre, arracha le ruban maintenu par deux cachets de cire sur la porte et entra.
Le gros Boulapoulos était déjà au bar, perché comme un gros oiseau sur une branche. Il arborait son air hilare et jovial habituel.
Alloune Diada avait prévenu Coplan : « Boulapoulos est une charogne. Sers-toi de lui quand tu en as l'occasion, mais sois méfiant. Ne baisse jamais ta garde. » Quel âge pouvait-il avoir ? Autour des quarante.
Cent kilos de chair bien tassée. Mais le plus drôle, c'était son prénom. Ce businessman né à Salonique, domicilié en Suisse, opérant à Dakar, se prénommait tout bonnement Adonis.
La main de l'adjudant Rausch se posa sur le bras de Paoli.
— Regardez... Là-bas sur la gauche.
Le brigadier relâcha l'accélérateur tout en détournant la tête.
— Sacré bon sang ! éructa-t-il, sidéré.
Doutant de ses sens, il immobilisa machinalement la fourgonnette sur le bas-côté de la route.
Rausch, non moins ébahi, marmonna :
— Juste ciel... On parierait que c'en est une.
Fébrilement, il préleva une paire de jumelles dans un casier. L'image agrandie de l'énigmatique objet se profila dans les deux cercles.
—Nous ferions peut-être mieux de déguerpir, chef, chuchota Paoli.
—Non, jeta Rausch à son subordonné. Nous devons rester ici quoi qu'il advienne. Prenez ces jumelles et surveillez l'engin pendant que j'alerte la brigade par radio. Il était 3 heures 26 du matin.
Faltière posa sa main sur le combiné téléphonique. Et, tandis qu'il affrontait le regard granitique du moustachu, il eut la sensation que cet homme était dangereux.
Subitement, sentant que sa vie était menacée, il décrocha le téléphone et il porta le combiné à son oreille.
Il eut un vertige quand il réalisa que l'appareil ne fonctionnait pas: pas de tonalité.
C'était un couple comme les autres, apparemment. Un couple heureux, privilégié. Apparemment. Mais qui trempait dans une histoire louche et dont l'entente était minée par une haine réciproque.
Coplan devait retrouver ce jeune ménage et le ramener en France. Rien de plus simple, semblait-il. Or, cette mission, en le conduisant dans le Nord de l'Europe, le mêle petit à petit à une aventure tragique dont il finit par percer les mystères, mais à quel prix !
Des canaux d'Amsterdam à un fjord de Suède, il suit un chemin périlleux qui lui apprendra, en fin de compte, que le destin de la Scandinavie dépend à la fois des satellites d'observation... et du Sexe !
Fabiani passa l'index entre son cou moite et son col du chemise trop serrant. Il l'avait échappé belle... Une faible sous-estimation du danger, un brin d'optimisme dans l'interprétation des faits, et il était cuit !
Par une pression sur un contact, il provoqua la remise en place du bloc de maçonnerie. Ici, il était A l'abri, aussi bien que dans la chambre forte de la Banque de France. Mals le bilan était plutôt déprimant : ses agents volatilisés, les liaisons rompues, lui-même acculé à la défensive. Et cela au moment précis où se préparaient de grands bouleversements !
Découragé, la mort dans l'âme, Fabiani se résolut à chiffrer un message à destination du Vïeux : "Possède preuves d'uh vaste complot visant à renverser la monarchie. Crise imminente, mais réseau démantelé. Envoyez FX-18.
La pièce avait un aspect terriblement sinistre : tout en granit noir d'Assouan, rectangulaire et haute de plafond, elle renfermait le grand sarcophage ovale dans lequel, 47 siècles auparavant, on avait déposé la momie du roi Chéops. Une momie qui avait disparu par la suite, on ne sait à quelle époque.
Il régnait dans cette salle un silence d'une densité bouleversante, donnant l'impression qu'on se trouvait là hors du monde et du temps. Un frisson parcourut Nadine de la tête aux pieds. Elle avait peur.
La jeune femme avança vers le sarcophage afin de distinguer le fond du lit de granit où avait reposé la dépouille du pharaon. Elle craignit soudain que l'Egyptien ne profitât de leur solitude pour contenter ses désirs. Elle se retourna, adossée à la cuve de pierre.
A deux pas d'elle, Achraf souriait, mais son sourire cauteleux recelait de la cruauté.
Un village habité par des Portugais, au coeur de l'Angola, est attaqué et détruit par une horde de Noirs fanatisés sortis de la forêt. Des atrocités sans nom y sont commises avant que les assaillants se retirent des ruines.
Apparemment, il ne s'agit là que d'un épisode banal de la lutte que mènent les Angolais pour leur indépendance. Pourtant, les arrière-plans de cette affaire sont obscurs. Elle a des répercussions jusqu'à Paris, et l'enquête que va ouvrir sur place Francis Coplan lui apporte de bien étranges révélations. Celles-ci le conduisent à Abidjan, dans un milieu huppé, où les plus exquises mondanités dissimulent des passions sordides, un recours permanent à la violence et au meurtre, un enchevêtrement de trahisons et de vengeances.
A deux doigts d'être à son tour victime de cette mafia dorée, Coplan prend l'initiative de saccager ce nid de vipères, ce qui le porte à des extrémités susceptibles de le mettre en conflit avec la police de la Côte d'Ivoire. Mais comment faire autrement, avec un adversaire trop habile dont la Justice ne pourrait interrompre les activités criminelles ?
— Personne ne m'a posé la moindre question. Et quand je dis que je n'ai pas entendu le son d'une voix humaine pendant toute ma détention, c'est la stricte vérité.
— C'est impossible.
— Oui, je reconnais que cela parait impossible, admit-elle.
L'homme dut faire un violent effort sur lui-même pour passer à la seconde phase de son plan. Puisque la douceur et la gentillesse ne donnaient rien...
Il regarda la fille d'un air méchant. Puis, avec une brutalité imprévisible, il la gifla. A quatre reprises.
La tête secouée, les cheveux en désordre, elle hoqueta :
— Tu... tu es fou ?
II la gifla de nouveau et siffla :
— Tu mens comme tu respires, garce ! Je veux savoir la vérité.
Les Russes signalent aux Français qu’un citoyen allemand, mort dans un accident de la route, avait dans ses bagages un tecnetron, transistor performant en très hautes fréquences, en développement dans des bureaux d’études de l’hexagone.
Coplan mène d’abord l’enquête dans le pied à terre parisien de l’allemand, puis par des écoutes téléphoniques, a l’attention attirée par les réunions organisées par Mme d’Aubert. Celle-ci part justement en voyage, Coplan la prend en filature et atterrit à Tempelhof, l’aérodrome central de Berlin, en pleine reconstruction d’après guerre, le mur n’est pas encore édifié, on circule librement entre les différents secteurs de la ville.