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28 février 2009

Maigret et son mort

de Georges Simenon

maigret_et_son_mort

- Pardon, madame... Après des minutes de patients efforts, Maigret parvenait enfin à interrompre sa visiteuse.

- Vous me dites à présent que votre fille vous empoisonne lentement.

- C'est la vérité.

- Tout à l'heure, vous m'avez affirmé avec non moins de force que c'était votre beau-fils qui s'arrangeait pour croiser la femme de chambre dans les couloirs et pour verser du poison soit dans votre café, soit dans une de vos nombreuses tisanes.

- C'est la vérité.

- Néanmoins...  il consulta ou feignit de consulter les notes qu'il avait prises au cours de l'entretien, lequel durait depuis plus d'une heure.

- Vous m'avez appris en commençant que votre fille et son mari se haïssent...

- C'est toujours la vérité, monsieur le commissaire.

- Et ils sont d'accord pour vous supprimer ?

- Mais non ! Justement... Ils essayent de m'empoisonner séparément, comprenez-vous ?

- Et votre nièce Rita ?

- Séparément aussi.

Éditions LE LIVRE DE POCHE

-

Édition originale: Éd. Presses de la Cité (1948)

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28 février 2009

La maison du canal

de Georges Simenon

la_maison_du_canal

Dans le flot de voyageurs qui coulait par saccades vers la sortie, elle était la seule à ne pas se presser. Son sac de voyage à la main, la tête dressée sous le voile de deuil, elle attendit son tour de tendre son billet à l'employé, puis elle fit quelques pas.

Quand elle avait pris le train, à Bruxelles, il était six heures du matin et l'obscurité était lourde de pluie glacée. Le compartiment de troisième classe était mouillé lui aussi, plancher mouillé sous les pieds boueux, cloisons mouillées par une buée visqueuse, vitres mouillées, dedans et dehors. Des gens aux vêtements mouillés sommeillaient...

À huit heures, juste à l'arrivée à Hasselt, on éteignit les lampes du convoi et celles de la gare. Dans les salles d'attente, les parapluies perdaient des rigoles d'eau fluide qui sentait la soie détrempée. Autour des poêles, des gens se séchaient et ils étaient presque en noir, comme Edmée.

Était-ce un hasard ? Le remarquait-elle parce qu'elle était en grand deuil ?

Éditions LE LIVRE DE POCHE

-

Édition originale: Éd. Fayard (1933)

28 février 2009

Mon ami Maigret

de Georges Simenon

mon_ami_maigret

"- Vous étiez sur le seuil de votre établissement ?

- Oui, mon commissaire. C'était inutile de le reprendre. Quatre ou cinq fois, Maigret avait essayé de lui faire dire « monsieur le commissaire ». Quelle importance cela avait-il ? Quelle importance avait tout ceci ?

- Une voiture grise, de grand sport, s'est arrêtée un instant et un homme en est descendu, presque en voltige, c'est bien ce que vous avez déclaré ?

- Oui, mon commissaire.

- Pour entrer dans votre boîte, il a dû passer tout contre vous et il vous a même légèrement bousculé. Or, au-dessus de la porte, il existe une enseigne lumineuse au néon.

- Elle est violette, mon commissaire.

- Et alors ?

- Alors rien.

- C'est parce que votre enseigne est violette que vous êtes incapable de reconnaître l'individu qui, un instant plus tard, écartant la portière de velours, a vidé son revolver sur votre barman ? "

Éditions LE LIVRE DE POCHE

-

Édition originale: Éd. Presses de la Cité (1949)

28 février 2009

Le revolver de Maigret

de Georges Simenon

le_revolver_de_maigret

Quand, plus tard, Maigret penserait à cette enquête-là, ce serait toujours comme à quelque chose d'un peu anormal, s'associant dans son esprit à ces maladies qui ne se déclarent pas franchement, mais commencent par des malaises vagues, des pincements, des symptômes trop bénins pour qu'on accepte d'y prêter attention.

II n'y eut, au début, ni plainte à la P.J., ni appel à Police Secours, ni dénonciation anonyme, mais, pour remonter aussi loin que possible, un coup de téléphone banal de Mme Maigret.

La pendule de marbre noir, sur la cheminée du bureau, marquait midi moins vingt, il revoyait nettement l'angle des aiguilles sur le cadran. La fenêtre était large ouverte, car on était en juin, et, sous le chaud soleil, Paris avait pris son odeur d'été.

Éditions LE LIVRE DE POCHE

-

Édition originale: Éd. Presses de la Cité (1952)

28 février 2009

Le Relais d'Alsace

de Georges Simenon

le_relais_d_alsace

Gredel et Lena, les deux servantes si pareilles avec leurs cheveux ébouriffés et leur visage de poupée, dressaient les couverts sur six tables, les plus proches du comptoir, posaient sur la nappe à petits carreaux rouges les verres de couleur, à long pied, destinés au vin d’Alsace.

Accoudée à la caisse, Mme Keller chuchotait et son mari l’écoutait, debout, en se balançant un peu sur sa béquille. IIs employaient entre eux le patois alsacien. « C’est bien entendu ? Je lui parle ? » disait Mme Keller, qui tenait par habitude un crayon à la main.

Éditions LE LIVRE DE POCHE

-

Édition originale: Éd. Fayard (1931)

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28 février 2009

Maigret a peur

de Georges Simenon

maigret_a_peur

Tout à coup, entre deux petites gares dont il n'aurait pu dire le nom et dont il ne vit presque rien dans l'obscurité, sinon des lignes de pluie devant une grosse lampe et des silhouettes humaines qui poussaient des chariots, Maigret se demanda ce qu'il faisait là.

Peut-être s'était-il assoupi un moment dans le compartiment surchauffé ? Il ne devait pas avoir perdu entièrement conscience car il savait qu'il était dans un train ; il en entendait le bruit monotone ; il aurait juré qu'il avait continué à voir, de loin en loin, dans l'étendue obscure des champs, les fenêtres éclairées d'une ferme isolée.

Tout cela, et l'odeur de suie qui se mélangeait à celle de ses vêtements mouillés, restait réel, et aussi un murmure régulier de voix dans un compartiment voisin, mais cela perdait en quelque sorte de son actualité, cela ne se situait plus très bien dans l'espace, ni surtout dans le temps.

Éditions LE LIVRE DE POCHE

-

Édition originale: Éd. Presses de la Cité (1953)

28 février 2009

Maigret à l'école

de Georges Simenon

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Il y a des images qu'on enregistre inconsciemment, avec la minutie d'un appareil photographique, et il arrive que, plus tard, quand on les retrouve dans sa mémoire, on se creuse la tête pour savoir où on les a vues.

Maigret ne se rendait plus compte, après tant d'années, qu'en arrivant, toujours un peu essoufflé, au sommet de l'escalier dur et poussiéreux de la P. J. il marquait un léger temps d'arrêt et que, machinalement, son regard allait vers la cage vitrée qui servait de salle d'attente et que certains appelaient l'aquarium, d'autres le Purgatoire.

Peut-être en faisaient-ils tous autant et était-ce devenu une sorte de tic professionnel ? Même quand, comme ce matin-là, un soleil clair et léger, qui avait la gaieté du muguet, brillait sur Paris et faisait briller les pots roses des cheminées sur les toits, une lampe restait allumée toute la journée dans le Purgatoire, qui n'avait pas de fenêtre et ne recevait le jour que de l'immense corridor.

Éditions LE LIVRE DE POCHE

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Édition originale: Éd. Presses de la Cité (1954)

28 février 2009

Maigret et la jeune morte

de Georges Simenon

maigret_et_la_jeune_morte

Maigret bâilla, poussa les papiers vers le bout du bureau.

– Signez ça, les enfants, et vous pourrez aller vous coucher.

Les « enfants » étaient probablement les trois gaillards les plus durs à cuire qui fussent passés par la P. J. depuis un an. L’un d’eux, celui qu’on appelait Dédé, avait l’aspect d’un gorille, et le plus fluet, qui avait un œil au beurre noir, aurait pu gagner sa vie comme lutteur forain.

Janvier leur passait les papiers, une plume, et, maintenant qu’ils venaient enfin de lâcher le morceau, ils ne se donnaient plus la peine de discuter, ne lisaient même pas le procès-verbal de leur interrogatoire, et signaient d’un air dégoûté.

L’horloge de marbre marquait trois heures et quelques minutes et la plupart des bureaux du Quai des Orfèvres étaient plongés dans l’obscurité. Depuis longtemps, on n’entendait plus d’autre bruit qu’un lointain klaxon ou les freins d’un taxi qui dérapait sur le pavé mouillé. Au moment de leur arrivée, la veille, les bureaux étaient déserts aussi, parce qu’il n’était pas neuf heures du matin et que le personnel n’était pas encore là.

Il pleuvait déjà, de cette pluie fine et mélancolique qui tombait toujours.

Éditions LE LIVRE DE POCHE

-

Édition originale: Éd. Presses de la Cité (1954)

28 février 2009

La nuit du carrefour

de Georges Simenon

la_nuit_du_carrefour

Quand Maigret, avec un soupir de lassitude, écarta sa chaise du bureau auquel il était accoudé, il y avait exactement dix-sept heures que durait l’interrogatoire de Carl Andersen.

On avait vu tour à tour, par les fenêtres sans rideaux, la foule des midinettes et des employés prendre d’assaut, à l’heure de midi, les crémeries de la place Saint-Michel, puis l’animation faiblir, la ruée de six heures vers les métros et les gares, la flânerie de l’apéritif…

La Seine s’était enveloppée de buée. Un dernier remorqueur était passé, avec feux verts et rouges, traînant trois péniches. Dernier autobus. Dernier métro. Le cinéma dont on fermait les grilles après avoir rentré les panneaux-réclame…

Et le poêle qui semblait ronfler plus fort dans le bureau de Maigret. Sur la table, il y avait des demis vides, des restes de sandwiches.

Éditions LE LIVRE DE POCHE

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Édition originale: Éd. Fayard (1931)

28 février 2009

Maigret et les braves gens

de Georges Simenon

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Au lieu de grogner en cherchant l’appareil à tâtons dans l’obscurité comme il en avait l’habitude quand le téléphone sonnait au milieu de la nuit, Maigret poussa un soupir de soulagement.

Déjà il ne se souvenait plus nettement du rêve auquel il était arraché, mais il savait que c’était un rêve désagréable : il tentait d’expliquer à quelqu’un d’important, dont il ne voyait pas le visage et qui était très mécontent de lui, que ce n’était pas sa faute, qu’il fallait montrer de la patience à son égard, quelques jours de patience seulement, parce qu’il avait perdu l’habitude et qu’il se sentait mou, mal dans sa peau.

Qu’on lui fasse confiance et ce ne serait pas long. Surtout, qu’on ne le regarde pas d’un air réprobateur ou ironique…

Éditions LE LIVRE DE POCHE

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Édition originale: Éd. Presses de la Cité (1962)

28 février 2009

Les gens d'en face

de Georges Simenon

les_gens_d_en_face

– Comment ? vous avez du pain blanc !

Les deux Persans entraient dans le salon, le consul et sa femme, et c’était celle-ci qui s’extasiait devant la table couverte de sandwiches joliment arrangés. Or, il n’y avait pas une minute qu’on disait à Adil bey :

– Il n’existe que trois consulats à Batum: le vôtre, celui de Perse et le nôtre. Mais les Persans sont infréquentables.

C’était Mme Pendelli qui parlait ainsi, la femme du consul d’Italie, et celui-ci, affalé dans un fauteuil, fumait une mince cigarette à bout rose. Les deux femmes se rejoignirent en souriant au milieu du salon au moment précis où des sons, qui n’avaient été jusque-là qu’une rumeur vague dans la ville ensoleillée, s’amplifiaient et soudain, au coin de la rue, éclataient en fanfare.

Alors tout le monde gagna la véranda pour regarder le cortège.

Éditions LE LIVRE DE POCHE

-

Édition originale: Éd. Fayard (1933)

28 février 2009

Le fou de Bergerac

de Georges Simenon

le_fou_de_bergerac

Hasard sur toute la ligne ! La veille, Maigret ne savait pas qu’il allait entreprendre un voyage. C’était pourtant la saison où Paris commençait à lui peser: un mois de mars épicé d’un avant-goût de printemps, avec un soleil clair, pointu, déjà tiède.

Mme Maigret était en Alsace pour une quinzaine de jours, auprès de sa sœur qui attendait un bébé. Or, le mercredi matin, le commissaire recevait une lettre d’un collègue de la Police Judiciaire qui avait pris sa retraite deux ans plus tôt et qui s’était installé en Dordogne.

… Surtout, si un bon vent t’amène dans la région, ne manque pas de venir passer quelques jours chez moi. J’ai une vieille servante qui n’est contente que quand il y a du monde à la maison. Et la saison du saumon commence…

Éditions LE LIVRE DE POCHE

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Édition originale: Éd. Fayard (1932)

28 février 2009

Liberty bar

de Georges Simenon

liberty_bar

Cela commença par une sensation de vacances. Quand Maigret descendit du train, la moitié de la gare d’Antibes était baignée d’un soleil si lumineux qu’on n’y voyait les gens s’agiter que comme des ombres. Des ombres portant chapeau de paille, pantalon blanc, raquette de tennis. L’air bourdonnait. Il y avait des palmiers, des cactus en bordure du quai, un pan de mer bleue au-delà de la lampisterie.

Et tout de suite quelqu’un se précipita.

_ Le commissaire Maigret, je pense ? Je vous reconnais grâce à une photo qui a paru dans les journaux…

Inspecteur Boutigues… Boutigues ! Rien que ce nom-là avait l’air d’une farce ! Boutigues portait déjà les valises de Maigret, l’entraînait vers le souterrain. Il avait un complet gris perle, un œillet rouge à la boutonnière, des souliers à tiges de drap.

_ C’est la première fois que vous venez à Antibes ?

Éditions LE LIVRE DE POCHE

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Édition originale: Éd. Fayard (1932)

28 février 2009

L'ombre chinoise

de Georges Simenon

l_ombre_chinoise

Il était dix heures du soir. Les grilles du square étaient fermées, la place des Vosges déserte, avec les pistes luisantes des voitures tracées sur l’asphalte et le chant continu des fontaines, les arbres sans feuilles et la découpe monotone sur le ciel des toits tous pareils.

Sous les arcades, qui font une ceinture prodigieuse à la place, peu de lumières. À peine trois ou quatre boutiques. Le commissaire Maigret vit une famille qui mangeait dans l’une d’elles, encombrée de couronnes mortuaires en perles. Il essayait de lire les numéros au-dessus des portes, mais à peine avait-il dépassé la boutique aux couronnes qu’une petite personne sortit de l’ombre.

_ C’est à vous que je viens de téléphoner ?

Il devait y avoir longtemps qu’elle guettait. Malgré le froid de novembre, elle n’avait pas passé de manteau sur son tablier. Son nez était rouge, ses yeux inquiets...

Éditions LE LIVRE DE POCHE

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Édition originale: Éd. Fayard (1932)

28 février 2009

Les volets verts

de Georges Simenon

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C'était curieux : l'obscurité qui l'entourait n'était pas l'obscurité immobile, immatérielle, négative, à laquelle on est habitué. Elle lui rappelait plutôt l'obscurité presque palpable de certains de ses cauchemars d'enfant, une obscurité méchante qui, certaines nuits, l'attaquait par vagues ou essayait de l'étouffer.

  _ Vous pouvez vous détendre.

Mais il ne pouvait pas encore remuer. Respirer seulement, ce qui était déjà un soulagement. Son dos était appuyé à une cloison lisse dont il n'aurait pu déterminer la matière et, contre sa poitrine nue, pesait l'écran dont la luminosité permettait de deviner le visage du docteur.

Peut-être était-ce à cause de cette lueur que l'obscurité environnante semblait faite de nuages mous et enveloppants ? Pourquoi l'obligeait-on à rester si longtemps dans une pose inconfortable, sans rien lui dire ?

Tout à l'heure, sur le divan de cuir noir, dans le cabinet de consultation, il gardait sa liberté d'esprit, parlait de sa vraie voix, sa grosse voix bourrue de la scène et de la ville, s'amusait à observer Biguet, le fameux Biguet qui avait soigné et soignait encore la plupart des personnages illustres.

Éditions LE LIVRE DE POCHE

-

Édition originale: Éd. Presses de la Cité (1950)

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