La conversation devint intéressante et précise seulement à partir de cet instant car, jusque-là, elle s'était passée en réticences et en tergiversations. Donc le ton changea, après qu'un des deux hommes eût observé sèchement :
Tout a commencé, Monsieur le Juge, un matin de juillet 1960, quand Paulette Richomme est entrée dans le petit bureau que j'occupe au Ministère des Anciens Combattants, avec mon collègue Chadefaux, d'ailleurs en vacances à cette époque...
- Je connais très bien New York, répondit Steimer.
Il venait d'arriver au S.D.E.C. pour déposer le rapport de sa dernière mission et, fait insolite, le "Singe" l'invitait à partager son petit déjeuner...
Pendant tout le voyage, le nom de Makhoumine ne le quitta pas. Ça lui disait quelque chose. Mais quoi au juste ? Le taxi arriva au motel. Comme tous les soirs, on y dansait au son d’un orchestre installé près de la piscine illuminée. Certains soirs, c’était un pick-up qui beuglait. En tout cas, la clientèle s’amusait et c’était bien le principal.
Cette clientèle, d’ailleurs, semblait convenable et pas « barbouze » pour deux sous. Rien à voir avec celle des palaces du centre de Genève. Steimer attaqua l’escalier du pavillon annexe où il habitait. En arrivant à sa porte, il mit la main à sa poche d’instinct. Il fit lentement tourner la clé et poussa la porte. Pas de réaction. Personne.
Dans le métier, on est tenté de voir des espions partout. Steimer se coucha en pensant à Makhoumine. Encore. Et il s’endormit. Et à partir de ce moment, Makhoumine n’avait plus d’importance. On le retrouverait bien un jour ou l’autre cet homme qui pesait aussi lourd dans une négociation internationale, et faisait déranger Borde de son bureau de Paris !
— Il s’agit de faire rentrer en France un homme qui vit à l’étranger. Un homme âgé, malade. Je prends l’air le plus stupide. Nous voilà au fait.
— Il ne peut pas prendre l’avion ?
— Non. Les autorités locales s’opposent à son départ. Quant aux autorités françaises, elles sont impuissantes à lui faire délivrer le visa indispensable. Ceci pour vous dire qu’il ne s’agit nullement d’un acte antifrançais. Vous ne serez pas seul pour remplir cette... cette mission. Il y aura, bien entendu, quelques risques. Mais aussi deux millions pour vous. Vous disposerez d’un passeport régulier et d’argent. A vous de réfléchir.
Ma rencontre - purement fortuite - avec Marie-Hélène a totalement changé ma vie. Mais bien d'autres aussi. Et à un point que je ne pourrais pas soupçonner...
Ni Marie-Hélène, d'ailleurs.
Ni son frère, Bernard.
Ni la mystérieuse Bérénice Mudin, maman des deux précédents.
Elle a exigé que j'arrête la Rolls dans un routier puis de dîner à la même table que les chauffeurs de poids lourds. Elle a payé une tournée générale et bu du gros rouge avec son hachis parmentier. Elle portait une robe de soirée et plein de bijoux.
ELLE : Gloria Antino, vedette du Tout-Paris, des mariages au trimestre et des scandales à la semaine.
Et moi, Robert Quintin, chauffeur dans une société de location de voitures de luxe, je ne me marrais pas.
Et encore, j'ignorais ce qui m'attendait le lendemain matin quand on a repris la Rolls.
La bonne parole, c'est l'oeuvre de Frédéric Leroussy. Qui n'a pas vu, à la télé, cet homme grand, maigre et chauve, pourfendre frénétiquement l'union libre, la pilule, les jeunes aux cheveux longs et la musique pop, ne peut se faire une idée sur le fantastique puritain.
De lui, un producteur de débats télévisés a dit :
"Un gars pareil, ça crève l'écran. Mais des fois il en fait trop et on a du mal à y croire."
Rien n'est plus simple que la vie d'Emile Mahieux.
A six heures du matin, la musette sur le dos, il se rend à vélo, au garage de Saint-Ouen où il est mécano. A midi, il avale en dix minutes le contenu de sa gamelle sur son établi.
A dix-neuf heures, il regagne sa chambre du sixième étage avec son vélo sur le dos ( vu qu'on lui en a déjà fauché trois).
Et avec ça, toujours à se plaindre! Evidemment, il y a aussi la belle dame à la Bentley blanche...
Curieux ce qu'il me raconte là, Louis Sauveur. Et singulier le portrait qu'il esquisse de cette femme. Car, enfin, cette personne simple et discrète venait tout de même régulièrement à Paris pour dépenser un argent fou dans des maisons de couture. Et ce n'est pas non plus l'image que j'ai eue d'elle quand je l'ai entrevue, traversant l'avenue de la Tranchée. Elle m'a paru plutôt décidée et sûre d'elle, pas modeste et simple pour deux sous.
A cause de son « affaire », Médéric avait été muté de Lyon à Paris.
Avant la sienne, Maguy Gillot était une des femmes les plus connues et, sûrement, la plus détestée de Paris. Ils n'auraient jamais dû se rencontrer, tous les deux. De fait, quand l'officier de police Médéric arriva, ce matin du 16 août, dans le luxueux hôtel particulier de la rue des Vignes, il venait commencer son enquête sur la mort étrange de cette non moins étrange Maguy Gillot.
Quelqu'un a dit que si l'Angleterre était une île, ça se saurait.
Eric Lemasson, lui, ne comprit véritablement que Ré est une île que ce soir du 15 août où il renversa l'imprudent véhicule qui, toutes lumières éteintes, venait de lui couper la route.
II suffisait en effet d'un seul gendarme posté à l'entrée du bac, l'oeil fixé sur la calandre des voitures qui passaient obligatoirement devant lui, pour réduire à néant toute chance de succès dans sa fuite.
A l'époque où il était représentant en couronnes de mariées, il arrivait à Poulard d'arrêter sa 4 CV dans un chemin de forêt pour écouter les oiseaux ou regarder les arbres.
Maintenant, avec sa grosse bagnole, son gros. compte en banque, son gros ventre et sa grosse Louise, il se sentait souvent mal à l'aise.
Même qu'un jour il s'était surpris, devant la glace, la larme à l'oeil.